A ces paroles de l’Empereur, un des préfets du palais répondit :

— Nous ne croyons pas, ô César, que ces enfants aient cessé de vivre. Leur audace n’a pu aller jusqu’à préférer la mort honteuse des fugitifs à l’honneur de comparaître devant ton tribunal sacré. Ou bien c’est qu’ils ont été aveuglés par de pernicieux conseillers jusqu’à mettre en doute ton infaillible sagesse et ta clairvoyante équité. Quoiqu’il en soit, leurs parents comptent parmi les serviteurs les meilleurs et les adorateurs pieux de ta divine majesté. Daigne les citer à comparaître en personne. Commande-leur de parler. Le respect déliera leurs langues. Qu’ils disent où leurs enfants se cachent. Et, enfin, si l’impiété retient leurs lèvres closes, qu’il te plaise d’user contre eux de ces moyens dont la loi ne refusa jamais le secours aux magistrats. Mais nous avons l’idée que ta majesté impériale leur imposera plus de crainte encore que l’appareil des tourments. César Auguste, nous baisons la terre entre tes pieds sacrés et nous tenons prêts à exécuter tes commandements.

Sans perdre un temps précieux en reproches inutiles, l’Empereur ordonna de faire venir les pères des sept fugitifs. Et, quand ils se tinrent devant lui, il les admonesta durement :

— Où sont, s’il vous plaît, vos fils contempteurs des lois et sacrilèges que ma justice réclame ? Répondez-moi sans détours et tenez-vous pour assurés que vos têtes me répondent des leurs. Si vous ne me livrez pas ces enfants sur l’heure, vous périrez.

Prosternés aux pieds de Decius, tous répondirent d’un seul cri :

— Nous sommes innocents de tout cela, par la cendre de nos ancêtres ! César, pitié pour nous, et est-ce bien là ta justice ! Peux-tu nous rendre responsables d’un crime que nous n’avons pas commis ? Que Paulin parle pour nous ! Qu’il te plaise de lui prêter une oreille favorable !

Alors Paulin, préfet d’Éphèse et père de Maximilien, ayant reçu congé de parler, flétrit les pratiques des chrétiens et témoigna de sa foi en les Dieux de l’Empire :

— Ces enfants, ô César, dont nous ignorons même aujourd’hui s’ils existent, — et les Dieux immortels savent combien nous les aimions tendrement ! — ces enfants nous ont été ravis par ceux-là mêmes que tes justes lois proscrivent, par ces chrétiens qui sont l’opprobre de la terre. En serais-tu à ignorer que leurs catéchistes se glissent dans les familles pour pervertir les esprits faibles, corrompre les enfants, séduire les femmes et capter leurs biens ? Non seulement, victimes de ces imposteurs, nos fils ont fui le foyer paternel, mais ils ont emporté chacun une forte somme d’argent, arrachée, en secret, à la mollesse de leur mère. A cela point de remède. Le blâme infligé aux épouses n’a fait rentrer ni les fils ni l’or. Nous avons envoyé nos esclaves par les rues et les chemins, et voici ce qu’ils nous ont rapporté :

« Les jeunes gens ont été vus courant par la ville, entourés par une tourbe de mendiants et de menu peuple auxquels ils distribuaient de larges aumônes. Arrivés sur la grande place, ils se sont perdus dans un groupe de gens sans aveu, et nous pouvons jurer qu’ils ont échangé leurs vêtements contre ceux de ces misérables. Puis ils ont échappé à nos regards, et toutes nos recherches sont demeurées vaines. »

— Ainsi ont parlé nos esclaves. Nous avons envoyé alors nos chasseurs par la campagne. Ils ont interrogé les pâtres et les paysans. Certains leur dirent qu’on croyait que les enfants s’étaient cachés dans une caverne du mont Celius. Nous ne pûmes en apprendre davantage. A cette heure, ces malheureux sont-ils morts ou vivants ? Nous l’ignorons, hélas ! Mais, quelle que soit la sentence que ta souveraine équité daigne porter contre eux, nous y souscrivons d’avance, ô trois fois auguste ! Puisse ta faveur ne point se retirer de nous, César ! Nous t’adorons comme Dieu, nous te vénérons comme père ! Toujours nous t’avons servi fidèlement.