— Par le saint nom du Christ, qu’est cela, enfant ? Où as-tu pris ces pièces qui ne sont plus en usage ? Je ne veux pas de cette monnaie !

Et, la pièce passant de main en main, ce fut bientôt une grande rumeur dans le marché. Jamblique, entouré, questionné, menacé, ne savait comment ni à qui répondre, quand un officier de police fendit la foule et demanda la cause de ce scandale.

— C’est, dit le boulanger, un vagabond qui essaye ici de changer des monnaies anciennes et d’une telle valeur qu’un misérable ainsi vêtu n’en devrait point posséder.

— En tous cas, ajouta une marchande d’oignons, le drôle est un païen et un impie, car, ainsi que nous l’avons remarqué, il passa devant la chapelle des saints martyrs sans se signer.

Et deux femmes ne craignirent pas d’accuser Jamblique d’avoir craché sur la croix.

A ces mots, le visage de l’enfant trahit une telle épouvante que personne ne douta plus qu’il ne fût un dangereux scélérat. Et tous crièrent :

— En prison, le sacrilège !… A mort, le profanateur des tombeaux ! Ses vêtements, tout gris de poudre, ont été dérobés dans les antiques sépultures. Qui s’aviserait aujourd’hui de porter de semblables robes ? — Et ses sandales ! Bien sûr elles remontent au temps d’Aurélien !… — Qu’on l’arrête sans tarder !

— Ne voyez-vous pas, fit un vieux marchand d’épices, que c’est un de ces astucieux Arméniens qui, par des sortilèges, découvrent les trésors cachés dans la terre ? Ses compagnons l’on envoyé ici pour commencer d’écouler cette antique monnaie.

Alors tous reprirent :

— Au feu, le magicien ! Qu’on crucifie le nécromant, il a pillé un trésor !