La Providence voulut que le Proconsul en personne se trouvât en conférence avec l’Évêque, à cette heure même où l’on amenait l’infortuné Jamblique au palais. Ces deux dignitaires, ayant entendu le rapport de la police et admiré les pièces d’or et d’argent, commencèrent d’interroger Jamblique.

Pour modeste et assuré qu’il se montrât dans ses réponses, les apparences se levaient trop contre l’enfant pour que le Proconsul pût prendre cette extraordinaire histoire pour véridique. Le fonctionnaire impérial menaça donc Jamblique de le faire mourir sous le fouet s’il ne dénonçait pas immédiatement ses complices. Alors Jamblique, se prosternant devant l’Évêque, parla ainsi :

— O père des Fidèles, écoute ma voix et pardonne-moi si elle est aussi faible. Mes forces décroissent à chaque heure et je sens que je vais bientôt mourir. Sans pouvoir apporter une seule preuve de ce que j’avance, je jure par notre roi Jésus que je suis chrétien. Le saint prêtre Timothée me baptisa de ses mains dans la crypte de Pauline et de Domitille, et l’empereur Decius tenta vainement de me faire abjurer. Le Proconsul m’ordonne de dénoncer mes complices, c’est-à-dire mes frères en Jésus. Eh bien, ils sont six : Maximilien, l’aîné, est le fils de Paulin, préfet d’Éphèse pour l’empereur Decius…

Indigné, le Proconsul se dressa. Mais, lui prenant doucement le bras, Étienne l’invita à se rasseoir :

— Écoute-le ! C’est le Ciel qui, en ce jour, nous parle par la voix de cet enfant. Continue sans crainte, Jamblique !

— Maximilien, reprit l’enfant, est l’aîné. Puis viennent Martin, Jean, Denis, Antonin, Exacustade. Persécutés pour la foi, nous nous réfugiâmes dans une caverne du mont Celius. Qu’on me permette de vous y conduire, et périssent du même coup mon corps et mon âme si je vous ai trompés.

— Allons, dit l’Évêque, suivons cet enfant ! La vérité sort de sa bouche.

Le Proconsul suivit en haussant les épaules et commanda à ses gardes et à ses familiers de se joindre aux gens de l’Évêque. Mais, quand tous furent arrivés à la caverne du Celius et virent les six pâles enfants couverts de leurs vêtements antiques, une religieuse terreur les cloua sur le seuil. L’œil perçant de l’Évêque venait de distinguer une petite table de bronze gisant parmi les débris qui jonchaient l’entrée. C’était une tablette que les saints Balbus et Théodore avaient glissée entre les pierres avant qu’elles fussent scellées par l’ordre de Decius, deux cents ans avant ce jour. Et sur cette tablette était écrite l’histoire des sept enfants martyrs d’Éphèse.


Alors l’évêque Étienne, le Proconsul et tous les assistants tombèrent à genoux et louèrent Dieu dans ses œuvres, cependant que les sept enfants rendaient témoignage de leur foi et de la résurrection, comme pour confondre les blasphémateurs qui niaient ce dogme de la religion chrétienne.