— Oui, oui, cornejoseph ! — grommela M. Gabaret. — Trop de chypre !…

Et, sans façon, il alluma sa pipe de terre, noire et puante.

On revint à l’hypocras ; M. de Chambanne en fit apporter une aiguière. Puis il pria M. de Cogoulin et M. de Kerjan de lui relater encore quelque intrigue d’antichambre ou quelque aventure de ruelle. Ils le mirent au courant des derniers scandales ; et lui, paupières closes, les écoutait en béatitude, donnant la réplique par-ci par-là ; et, de temps en temps, selon qu’une saillie le plongeait dans le rêve ou le rejetait dans la réalité, un sourire lui venait aux lèvres, ou bien un pleur aux yeux.

Cependant, M. Gabaret, ennuyé d’entendre ces capitaines babiller comme deux caillettes, dodelina gentiment du chef et se prit à ronfler.

Il y avait longtemps qu’on s’entretenait et qu’on dormait ainsi, quand M. de Kerjan vit les grands rideaux fermés s’éclairer d’une lueur froide, et les fenêtres y projeter l’ombre pâle de leurs croisillons. La flamme des chandelles blêmit.

— Alerte ! messieurs. Voici l’aurore.

Il secoua M. Gabaret, qui, la sueur aux tempes et le pied sur sa pipe cassée, grognait un songe dans son fauteuil.

L’air du salon était chaud et pesant. Ils éprouvaient cette gêne des vêtements trop longtemps portés, que laissent les nuits de veille.

M. de Chambanne fit tinter une sonnette. Personne ne vint. Les laquais, assoupis, jonchaient les banquettes du vestibule. Il fallut les éveiller. Leur maître ordonna que la chaloupe fût parée. Ensuite, M. de Chambanne et ses hôtes sortirent, vêtus de longues capes.