Car c’était le bruit du ciseau sur le marbre.

— Je reconnais le paros, — fit Agorakritès : — il sonne clair.

— Parions une drachme ! — repartit Soloôn, — je tiens pour l’albâtre du Pentélique !

Mais Phidias écoutait s’égrener les grains d’harmonie, et il avait appuyé le doigt contre sa bouche, afin qu’on restât sans rien dire. Après un long recueillement, il baissa la tête et se plaignit de sa pensée à l’égal d’une souffrance :

— Pheu ! Pheu ! Que c’est loin, cela ! Que c’est vieux !

Je lui demandai :

— Maître, de quoi vous souvenez-vous avec des larmes ?… L’esprit des malheurs défunts vous hante, chassez-le… Goûtez le moment où nous sommes… Ou rappelez-vous plutôt vos triomphes…

— Kritias, — répondit-il au bout d’un instant, — si la prévision ne sait engendrer que l’épouvante, la mémoire, elle, est vraiment la fontaine des pleurs. Les Dieux lui ont ciselé un masque changeant : selon que les souvenirs sont joyeux ou tristes, son visage d’Aréthuse mystérieuse reflète tantôt la joie et tantôt la tristesse ; mais c’est toujours des pleurs qui sourdent de ses yeux…

— Sans doute, — répliqua ce flatteur de Korœbos. — Mais, pour émouvoir Phidias jusqu’au sanglot, certes, il faut le souvenir d’une fameuse allégresse ou d’un rude chagrin ; il faut qu’il apporte avec lui, sinon quelque regret démesuré, du moins la prolongation d’une douleur excessive !

Phidias répondit :