« Le ciseau frappe au cœur. J’ai tapé fort : le maillet se fend sous le choc, un éclat de marbre me saute à la figure, et la statue, renversée sur les dalles, rend le fracas d’une tour pesante qui s’écroule.
« Stupide, le maillet brisé dans la main, du sang aux lèvres, et sans doute ayant l’air d’un insensé, je puis enfin l’examiner sans peur. Elle est rompue. Sa tête a roulé dans un angle, et son corps en morceaux fait un tas de pierres. Mais chacune de ces pierres semble frémir encore, et garde sa teinte charnelle…
« — Quoi ?… Qu’y a-t-il ?…
« Alors, je m’aperçois que le jour est venu. La brise du matin souffle de la mer, et, au-dessus de l’aïthrion, le voile de pourpre s’agite onduleusement. Il projette, sur les choses, des ombres palpitantes qui se propagent comme les flots du golfe, et il tamise la lumière brûlante et vermeille de l’aurore ; si bien que les murailles mêmes de la cour paraissent bâties de chair frémissante et rosée…
« Phoïbos-Apollôn avait exaucé mon désir. Le soleil avait animé le marbre de Naïs. Et c’est pourquoi je lui ai dressé sur l’Acropole une statue chryséléphantine. »
Ainsi parla Phidias. Et quand il eut fini, le silence nous attrista.
UNE LÉGENDE CHRÉTIENNE D’AKTÉON
A Paul Dukas.
Allo modo ma con fuoco.
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PAUL DUKAS
Symphonie en ut majeur.