Aktéon, n’ayant pas tué de gibier ni vu de déesse, fronçait les sourcils d’un air farouche et traînait la sandale.

Il faisait déjà très noir au creux du défilé. Seuls, les bouleaux, qui semblent toujours imprégnés de clarté lunaire, plantaient dans l’obscurité du bois leurs pâles colonnettes phosphorescentes ; et, brusque, un poisson argenté fila dans le ruisseau turbulent, comme un rayon de lune échappé. Le prince éphèbe se dérida. Quelqu’un, même, l’entendit murmurer de plaisir.

Et tout à coup, au détour du sentier, il commanda tout bas de s’arrêter et de faire silence. On lui obéit. Les amis et les valets tournèrent de son côté des faces interrogatives, et les chiens, immobiles, le considéraient, l’oreille levée.

Alors, il étendit la main vers le tournant du ruisseau, en disant : « Artémis !… »

On regarda le lieu qu’il indiquait, et l’on vit simplement un brouillard blanchâtre sur l’ombre bleue de la forêt. Il se mouvait à la surface de l’eau, comme fait la brume chaque soir, et, à cet instant, ses volutes rondes et nonchalantes simulaient vaguement un groupe de baigneuses. Le même caprice qui les avait ébauchées les déforma sur l’heure.

Cependant, l’oubli de la vérité était si profond dans ce temps-là, qu’il se trouva, parmi la suite d’Aktéon, plusieurs fous assez dévoyés pour partager son illusion et redire après lui : « Artémis !… »

Et ils furent convaincus de l’avoir surprise au bain.

Mais, tandis que les compagnons et les serviteurs admiraient avec un saint respect le brouillard maintenant informe, il y eut, au milieu de leur assemblée, un furieux tapage des chiens subitement rués sur quelque chose.

Et s’étant retournés, ils s’aperçurent que le prince n’était plus là, et qu’un grand cerf soudain, la tête renversée et les bois sur le dos, fuyait devant la meute enragée.

Personne ne douta de la métamorphose : Aktéon était changé en cerf. On le comprit sur-le-champ. Et les moins fidèles au culte d’Artémis furent persuadés, à la fois, de son existence et de son pouvoir, puisque la divine pudibonde savait se venger si effectivement des indiscrets.