Puis elle entreprit avec Jim un colloque à voix basse.

— Ah ! ah ! — fis-je. — C’est cela, l’engin… Hum ! Un automobile… colossal. A moins que… Un bateau peut-être ?…

Autant que je pouvais l’estimer dans cette pénombre, où des arcs électriques suspendaient bêtement leurs globes inutiles, — la chose était une lame de couteau gigantesque, non tranchante, mais excessivement pointue. Je ne trouve pas de meilleure comparaison. Cela mesurait environ 40 mètres de long sur 8 mètres de haut, avec 1 mètre seulement d’épaisseur depuis l’arrière jusqu’au milieu. L’avant, lui, s’effilait pour couper l’air (?) ou l’eau (?). Mais il s’effilait tellement que cela poignardait la vue.

Je distinguai à la poupe un gouvernail triangulaire.

« Ah ! pensai-je. C’est un bateau. — Eh non ! c’est un automobile ! »

En effet, le véhicule énigmatique reposait sur des roulettes trapues. Elles étaient munies de bandages en caoutchouc et montées sur des ressorts anormalement vigoureux. Il y avait entre elles, sous l’appareil, des blocs noirs que je découvrais mal.

Comme j’ai dit, l’ensemble brillait ; cependant — si l’on peut accoupler de tels antonymes — c’était d’un éclat terne.

Ethel écarta du pied quelques outils jetés sur le sol, et ouvrit une porte au flanc de ce glaive titanique, vers le milieu. Alors, une ampoule, brusquement éblouissante à l’intérieur de l’objet, me révéla l’existence d’une cabine ménagée à la base de son étroitesse. Cela composait un réduit fort exigu. Précisons : 4 mètres de longueur, 2 d’élévation, 1 tout juste en largeur. Cet habitacle contenait trois sièges l’un derrière l’autre ; c’étaient de confortables baquets d’automobile. Devant les deux premiers étincelait tout un système de leviers, de manettes et de pédales. Au troisième aboutissaient seulement, par derrière, deux tringles à poignée, où je devinai les drosses du gouvernail.

— Voici votre place, — m’annonça Ethel. — Vous serez à la barre. Moi devant vous ; Jimmy devant moi. Oh ! pas de fausse modestie ! On ne vous demande pas un brevet de timonier, mon garçon. Il ne s’agit guère de nous piloter. L’emploi du gouvernail est exceptionnel. Peut-être même n’aurez-vous pas l’occasion d’y toucher.

— Bon. Mais à quoi diantre servent tous ces machins-là ?