— Eh ben ? — lui dit-il d’un ton rogue, — comment qu’ça va ?… Ça va mieux, hein ?…
Il répéta plusieurs fois de suite : « ça va mieux, hein ?… hein, ça va mieux ?… » sans obtenir de réponse. L’homme semblait quelque peu interloqué de l’apostrophe. Il toisait l’élégance de Gaétan, si mal assortie à son langage, à son allure, et, après un temps de réflexion — bien fait pour indisposer encore le gentilhomme-voyou — il fit signe que « oui », que « ça allait mieux, en effet. »
« Bon, pensai-je, il entend le français. Un compatriote peut-être… »
— Vous en avez d’la veine, — reprit Gaétan, — Vous savez… sans nous, mon vieux !… Eh ben quoi ! On est mort ? — fit-il avec un geste de colère. — Est-ce qu’y a quéqu’chose qui vous colle les lèvres ?… Bon Dieu !…
— Avez-vous mal ? — dis-je en écartant mon ami et bien plus pour lui couper la parole que pour m’enquérir de la santé du taciturne. — Dites… souffrez-vous ?
L’autre hocha la tête négativement et reprit le cours de sa pensée. Mes craintes s’affermirent et j’échangeai avec Gaétan un coup d’œil d’inquiétude. Je ne sais si l’homme le surprit, mais, en dépit de sa figure restée sévère, je crus voir un sourire dans ses prunelles.
— Voulez-vous boire ? — demandai-je.
Alors, me désignant, il dit avec un accent étranger indéfinissable :
— Mé-de-cin ?
— Non ! — fis-je gaiement. — Non, non !