Le train de Paris m’emporta, l’imagination pleine de cette affaire, tandis que Gaétan roulait en automobile vers son château de Vineuse-sur-Loire. — Sans y employer plus d’encre que n’en mérite l’incident, je dois enregistrer la sotte altercation qui précéda nos adieux, et qui, faisant de notre séparation momentanée une brouille irrévocable, m’autorise à peindre tel qu’il est Monsieur le baron Gaétan de Vineuse-Paradol. S’il le trouve mauvais, qu’il le dise : je suis à ses ordres.

Mais laissons là ce triste sire. Et revenons à notre sujet.

Quelques semaines après mon retour, je possédais un petit dossier touchant M. Clarke et les événements préliminaires à sa chute dans l’Atlantique.

On y feuilletait, d’abord, des coupures de journaux et des bulletins d’observatoires, notant les pluies d’étoiles filantes des 19, 20 et 21 août et le passage d’un bolide à travers le ciel d’Europe pendant la nuit du 19 au 20.

Ensuite, on pouvait lire, traduites à mon usage, plusieurs attestations de correspondants italiens, espagnols et portugais, demeurant sur le 40e parallèle et qui certifiaient avoir passé au dehors la nuit du 20 au 21 août, sans remarquer de lueur anormale, sans entendre de sifflement insolite.

Qu’ils n’aient rien vu, c’est assez naturel : Mme Corbett supprimait la lumière électrique au-dessus des continents. Mais qu’ils n’aient rien entendu… qu’en pensez-vous ? — Or, sur le chapitre de ces dépositions, il importe de garantir l’absolue bonne foi de leurs signataires. Voici, en effet, la source de mes documents :

L’un de mes neveux reçoit une petite revue mondiale, imprimée en diverses langues. C’est l’organe d’un club international des plus recommandables. Ses abonnés, polyglottes, se plaisent à échanger toute sorte de choses, depuis les cartes postales illustrées jusqu’à de certains poèmes que jamais rien n’illustrera. Je devais à l’obligeance de mon neveu les rapports d’Italie, d’Espagne et de Portugal, comme d’ailleurs toute la fin du dossier.

C’était encore des traductions de lettres, mais de lettres envoyées de Philadelphie et de Trenton. Elles formaient contre M. Clarke un faisceau de témoignages accablants.

Certes, il y avait à Philadelphie un Fairmount Park, et dans Fairmount Park, à l’ouest de la Schuylkill River, un Belmont, avec une plaine entourée de collines « fort bien disposée pour le lancement d’un aéroplane », observait l’aimable informateur. — Mais les Corbett n’existaient pas.

A Trenton, parmi les manufactures de pots et les fabriques — moins honnêtes — de scarabées égyptiens, on connaissait l’usine de câbles Roebling Brothers ; et même chacun la tenait en grande considération. — Mais nul caissier de l’établissement ne répondait au prénom superbe, au nom lumineux et sec d’Archibald Clarke.