— Allons, allons, pas d’enfantillages, docteur ! Cela est passager. Dans une heure il n’y paraîtra plus ; je l’atteste. Et puis, au diable les déconvenues, puisque vous voilà de retour ! Parlons d’autre chose, s’il vous plaît. — Que dites-vous de cette nouveauté ?… Est-ce du beau travail, ce lambrequin ? Et la glace ! du Saint-Gobain, mon vieux !…
Et tandis que le violon d’Ingres pleurnichait dans mon souvenir, il m’amena devant son chef-d’œuvre.
Mais soudain, la stupeur nous immobilisa ; puis nous nous regardâmes l’un l’autre avec un air interrogateur, sans oser parler. Enfin Bouvancourt me demanda d’une voix tremblante :
— Pas de doute, n’est-ce pas ? Vous voyez comme moi ?… Il n’y a rien ici ?…
— Parfaitement, — balbutiai-je. — Rien… Rien du tout…
Là, en effet, commence le miracle. Je ne sais au juste lequel de nous s’en aperçut le premier. Le fait certain est que nous étions deux en face du miroir et que mon image s’y reflétait seule. Bouvancourt avait perdu la sienne. A la place qu’elle aurait dû occuper, s’apercevaient le reflet très distinct de la table et celui, plus lointain, du tableau noir.
J’étais ahuri. Bouvancourt se mit à jeter des cris d’allégresse. Peu à peu, il se calma.
— Eh bien, mon vieux ! — dit-il, — voilà, je crois, une découverte de première grandeur… et sur laquelle je ne comptais guère ! Oh ! Que c’est beau, mon ami ! Il n’y a rien là ! que c’est beau ! Mon cher petit docteur !…
« Au reste, j’avoue n’y rien comprendre… La cause m’échappe…
— Votre auréole mauve… — insinuai-je.