Je vois Bouvancourt au bord du canal nocturne. Il pousse dans le bichromate les zincs de la pile. Aussitôt, la bobine de Ruhmkorff bourdonne son vol d’abeille ou de frelon ; l’ampoule devient phosphorescente… Le savant se croit imprégné de clarté mystérieuse. Il regarde, aux profondeurs liquides, l’image renversée de la campagne en repos, toute neigeuse de lune… Il regarde cet espace temporaire où le fluide incorporé doit l’autoriser à descendre dans un clair de lune encore plus léger, une campagne encore moins bruyante…
Et il descend, ignorant quelles lois de pesanteur gouvernent cet univers, — au risque de s’abîmer dans le gouffre du firmament, ouvert à ses pieds…
Et il descend… Mais il ne trouve que l’espace permanent, c’est-à-dire, en l’occurrence : l’eau, — l’eau pesante où l’homme ne sait pas vivre, — l’eau des épilogues, dont le silence est celui qui suit tant d’histoires, — l’eau finale.
LE RENDEZ-VOUS
A la mémoire d’Edgar Poe.
Paris, boulevard de Clichy.
Ce mardi 10 mars 1908.
Monsieur le Procureur de la République,
Avant de lire cette lettre, vous saurez comment on l’a découverte, et vous aurez appris que je suis mort.
Je vais me tuer, en effet.
Rien, sans doute, ne viendra contester que je sois mon propre assassin. Je le souhaite de toute mon âme. J’espère qu’on trouvera le logis en ordre, comme il est maintenant, et que je serai moi-même un suicidé bien sage, bien banal, bien évident. C’est probable et rationnel. Mais, hélas ! ce n’est pas certain. Car il y a une chose capable d’entourer ma fin de tumulte et de mystère… une chose hideuse, au point qu’on mourrait pour ne plus savoir qu’elle existe… Rien que pour cela ! je vous le dis !…