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Le premier janvier, à neuf heures, le Côte d’Azur Rapide emporta Mme Dupont-Lardin.
C’était la première fois que Guillaume se séparait de sa femme. Il en conçut beaucoup de mélancolie, et, redoutant la désolation des soirées solitaires, il me pressa de dîner chaque jour à l’isba. Plus attristé que lui d’une plus longue séparation, j’acceptai son offre volontiers. Au moins, de cette façon, j’aurais des nouvelles de Gilette, et quelqu’un m’en parlerait. Cela m’aiderait à supporter les journées éternelles, — et les mardis surtout, ces neuf mardis qui s’avançaient tout doucement du fond de l’avenir, mardis de jeûne et d’abstinence, vides et noirs maintenant comme les autres jours, comme toutes ces nuits que tous les jours me paraissaient former…
Le premier d’entre eux tombait le sept janvier.
Le mardi sept janvier mil neuf cent huit !… J’aurais pensé qu’il fût de ces dates quelconques et sans intérêt, lugubres sans doute, mais dont l’anniversaire ne vous rappelle rien qui vous fasse pleurer… Ce fut un jour terrible, Monsieur ! Et j’en sais plus d’un qui sangloteront, le sept janvier, tous les ans de leur pauvre vie !…
Il était dix heures du soir, à peu près. J’allais prendre congé de Guillaume. Il avait reçu, le matin, de Gilette, un billet empreint d’une souriante sérénité, et, pour célébrer ce qu’il nommait « le rétablissement de sa chère malade », il avait voulu festoyer au champagne.
Cette petite orgie avait dissipé mon spleen, accentué son optimisme, et nous échangions, ma foi, d’assez coquines reparties, — quand on lui remit une dépêche.
Il la parcourut. Je le vis blêmir, s’asseoir lourdement pour ne pas tomber… En même temps, il me sembla que mon sang devenait une eau froide, et je sentis ma lividité comme un enduit glacial…
Guillaume respirait en homme essoufflé.
— Un malheur ? — fis-je d’une voix qui s’étranglait.