La clarté du soleil me rendit confiance. Le doute égalisa peu à peu les bonnes chances et les mauvais risques. Vers le soir, je ne croyais même plus à la mort de Gilette.
A neuf heures, une dépêche :
Tout est fini.
Guillaume.
Pas d’explications. Nul détail. Nul réconfort. « Tout est fini. » Je ne savais ni l’heure exacte ni les conjonctures de l’événement. Et je n’osais pas télégraphier pour en obtenir le récit…
Alors, le supplice de la dernière nuit recommença. Et cette fois, deux aurores se levèrent sans éclairer ma vie intérieure. Je me demandai, avec une obstination persécutrice : Comment cela est-il arrivé ? Et si ma conscience interrogée ne savait que me confondre, mes souvenirs questionnés ne répondaient rien qui valût. Je ne me lassai pas de redire sur tous les tons ce que j’avais prescrit à Gilette ; de retourner en tous sens mes formules impératives ; aucune ambiguïté ne s’y révéla pour m’indiquer la solution du mystère. D’heure en heure, cependant, ma faute s’affirmait à mon jugement. De quelle façon j’étais coupable de cette calamité, c’est une chose qui m’échappa toujours ; mais que j’en fusse l’auteur, voilà ce dont je ne doutai plus au bout de trois journées d’angoisse et d’insomnie. « Tu l’as tuée ! » Je me criais cela, Monsieur. « Tu l’as tuée ! Tu l’as tuée ! » — Et depuis lors, je ne peux pas m’imposer silence à moi-même.
A côté du cercueil qu’il avait ramené, Guillaume, pourtant, m’a raconté la fin de Gilette. Il m’a dit l’absurde crise d’appendicite, survenue en coup de foudre ; la nécessité d’une opération immédiate, à chaud, dans les conditions les plus défectueuses ; et la mort sous le chloroforme, à deux heures du matin. Il m’a dit tout cela, qui aurait dû me soulager le cœur… Eh bien ? Savez-vous ce que j’ai pensé ? « Tu l’as tuée ! Tu l’as tuée ! »…
Il n’était plus temps, voyez-vous. C’était une idée fixe. « Tu l’as tuée ! »
Mais non, ce n’est pas moi ! Je suis innocent !
Allons donc ! Tu le sais bien, au fond, que c’est toi qui l’as tuée !… Tu l’as tuée, te dis-je ! Ah ! Ah !
Chut !