Tu l’as…
Silence donc !
… Tuée !…
Oh ! Malédiction !
....... .......... ...
C’est à la sortie du cimetière Montmartre que, depuis sa mort, j’ai subi la première attraction du suicide. L’état où je voyais Guillaume m’empêcha d’y succomber. Le quitter dans la douleur me sembla déserter un poste de confiance. Je compris mes devoirs de consolateur et je me donnai la tâche de les accomplir avant de disparaître.
L’égarement du veuf touchait à la démence. Son beau stoïcisme du début avait fait place aux fureurs de la rancune. Il maudissait l’amour, le sort, et tout. Il aurait voulu croire en Dieu, pour le rendre fautif de sa détresse et le blasphémer à coup sûr.
Je réussis pourtant à lui remettre aux doigts ses crayons et ses pinceaux ; à le courber, du matin au soir, sur des albums, où bientôt les portraits de Gilette se succédèrent de page en page ; à l’abrutir de travail et de lassitude. Il reprit son cours du mardi. Voûté, jauni, muet, jetant par en dessous des regards craintifs, ce n’était plus le même, hélas ! mais enfin, c’était un homme encore ; et sans moi, qui sait ?… Si ce n’est pas la vie, c’est du moins la raison qu’il doit à ma sollicitude.
Mais ce qu’il m’a donné de mal, au commencement ! — Le cimetière, aussi, n’était pas assez loin de l’isba ! C’était si vite fait d’y courir ! On traversait la place Blanche, on enfilait le boulevard, et tout de suite, à droite, l’avenue Rachel ouvrait sa courte impasse sur la grille de la nécropole. Trois jours consécutifs, je l’ai retrouvé là, dans la petite chapelle de la famille Dupont-Lardin. A sa dernière équipée, il avait soulevé la dalle du caveau et se préparait à descendre l’escalier !… J’obtins de lui la promesse de ne plus revenir qu’une fois par semaine et de laisser la dalle en repos.
Il avait eu la force de tenir sa parole. C’était bon signe. Du reste, je ne tardai pas à m’apercevoir qu’il allait de mieux en mieux et n’avait plus besoin d’un assistant.