Vous le pensez bien, docteur, ce phonographe ne jouait pas le « pot pourri de La Poupée, exécuté par la musique de la garde républicaine, direction Parès ». L’appareil, très perfectionné, sonore et pur, n’avait qu’un petit nombre de rouleaux. Il parlait, simplement…

Oui, vous avez deviné : mercredi, les défunts nous ont parlé…

Terrifiant, ce gosier de cuivre et ses accents d’outre-tombe ! car, en la matière, il n’est pas question d’un à-peu-près photographique, ou, mieux, cinématographique ; c’est la voix elle-même, la voix toute vive, survivant à la charogne, au squelette, au néant…

Le compositeur s’était assis dans un fauteuil, près de la cheminée. Il écoutait, les sourcils douloureux, nos camarades trépassés dire, du fond de l’âge comme du fond de leur sépulcre, des choses très douces.

— Eh ! la science a du bon, Nerval ! Source de prodiges et d’émotions, voilà qu’elle se rapproche de l’art.

— Certes. Plus perçants seront les télescopes, plus grand sera le nombre des étoiles. Certes, la science a du bon. Mais elle est trop jeune pour nous. Ceux qui doivent en profiter, ce sont nos héritiers surtout. Car, au moyen de ces découvertes récentes, il leur sera donné de contempler l’aspect de notre siècle, et d’entendre le bruit que fait notre génération. Qui saurait, en notre faveur, projeter sur l’écran l’Athènes d’Euripide, ou déclencher la voix de Sapho ?

Il s’animait, jonglant avec un gros coquillage qu’il avait saisi sur la cheminée, sans y penser.

Ravi de l’aubaine qui le rassérénait, je pressentis qu’un développement du thème scientifique l’amuserait, — voire paradoxal, — et je repris :

— Garde-toi de te désespérer. La nature se joue parfois à devancer la science, et bien souvent celle-ci ne fait que la pasticher. Tiens ! s’agit-il de photographie ? tout le monde peut voir, au Muséum, les traces d’un antédiluvien — le brontosaure, je crois — et l’on distingue, dans le sol, l’empreinte de l’averse qui tombait quand l’animal est passé par là. Quel instantané préhistorique !

Nerval avait porté la coquille à son oreille.