Alors l’autre, avec son baragouin de clown solennel — que j’essaie de rendre une fois pour toutes — s’aventura dans une longue phrase :
— Monsieur le baron, — déclama-t-il, — le piou petite convéniabilitey… euhr… désire… euhr… que je présente… qui suis-je ici… sans invitation, et comment, et pourquoi. Car, maintenant… je… euhr… remémore toute chose very well. Mais, avant la racontation… permette, monsieur le baron, que je… euhr… Saouper, if you please… Je suis hongre… c’est-à-dïeure : j’ai un faim… splendide !… Avez-vous les habits ?…
Gaétan fit apporter l’un de ses propres costumes de yachtsman, et du linge de ses armoires.
— Vot’pelure n’est pas sèche, — dit-il, au risque de ne pas faire comprendre son argot ; — et d’ailleurs elle sera toujours inmettable. V’là vot’porte-monnaie et vot’montre, qu’étaient dedans… Qu’est-ce que vous pensez de c’pantalon bleu et d’cette vareuse à boutons d’or ? ça vous plaît-i ?…
— Ne possédez-vous pas de vêtements noirs ? — dit l’homme en saisissant la bourse.
— Non. Mais pourquoi ? Les vôtres sont gris…
— C’est bon. J’aurais préféré. Tant pis.
Cependant Gaétan avait ouvert la montre de son hôte, comme un gamin mal élevé qu’il sera toujours.
— J’ai pas pu regarder dans vot’porte-monnaie, — lui avoua-t-il.
— Non, — répondit l’homme sans s’émouvoir, — il y a un fermoir à secret.