— Qu’est-ce que ce livre ?

C’étaient les Podlipovtsi.

— Lis à haute voix, dis ? me demanda-t-il. Et je me mis à lire, accroupi dans la fenêtre. Lui, s’assit sur le coffre et, appuyant sa tête contre mes genoux, il écoutait… Quelquefois je regardais son visage par-dessus le livre et je rencontrais ses yeux. Je m’en souviendrai toujours : ils étaient large ouverts, ardents, pleins de l’attention la plus profonde… Et sa bouche aussi était entr’ouverte, montrant deux rangées de dents unies et blanches. Les sourcils relevés, les rides anguleuses sur le front haut, les mains qui embrassaient ses genoux, toute sa personne immobile, attentive m’échauffait. Je m’efforçais de lire d’une manière claire et de lui présenter avec plus de relief l’histoire triste de Cissoïko et de Pila.

Enfin, je me fatiguai et je fermai le livre.

— C’est tout ? me demanda tout bas Konovalov.

— C’est moins de la moitié.

— Tu liras le tout à haute voix ?

— Si tu veux.

— Eh !

Il se prit la tête dans les mains et se mit à se balancer sur le coffre. Il voulait dire quelque chose ; il ouvrait et fermait la bouche, soufflait comme une forge, et, je ne sais pourquoi, fermait à moitié les yeux. Je ne m’attendais pas à un tel effet et n’en compris pas la signification.