— Comme tu lis cela ! murmura-t-il. Avec différentes voix… C’est comme s’ils étaient vivants tous : Aproska grince ; Pila… Imbéciles ! J’avais envie de rire en écoutant ; mais je me suis retenu… Et plus loin qu’est-ce qu’il y a ? Où iront-ils ? Seigneur, mon Dieu ! C’est pourtant la vérité. Ils sont de véritables hommes. Des paysans de tous les jours. Ils sont tout à fait vivants, et leurs voix, et leurs figures… Écoute Maxime, faisons notre fournée et lis encore !
Nous fîmes une fournée, en préparâmes une autre et puis je lus de nouveau pendant une heure trois quarts. Puis, une nouvelle pause. Les pains étaient cuits, il fallut les retirer du four, en mettre d’autres, préparer de la pâte et du levain. Tout cela se faisait avec une hâte fiévreuse et presque en silence.
Konovalov, les sourcils froncés, me jetait de temps en temps des ordres monosyllabiques et se hâtait, se hâtait…
Au matin nous eûmes fini le livre et je sentais que ma langue était de bois.
A cheval sur un sac de farine, Konovalov me dévisageait avec des yeux étranges et se taisait, les mains appuyées aux genoux.
— Es-tu content ? demandai-je.
Il agita la tête, fermant à moitié les yeux, et demanda de nouveau, — je ne sais pas pourquoi, — tout bas :
— Qui a inventé cela ?
Dans ses yeux était un indicible étonnement, et son visage s’éclaira tout à coup d’une curiosité ardente.
Je lui racontai qui avait écrit le livre.