— Mais je te dis, drôle de corps que tu es, que je suis moi-même coupable de mon destin… Je n’ai pas trouvé l’appui, moi ! Je cherche, je m’afflige, — et je ne trouve pas.

Pourtant, il fallut s’occuper du pain, et nous nous mîmes au travail en continuant à nous prouver l’un à l’autre la plausibilité de nos convictions. Évidemment nous ne réussîmes à rien démontrer et, la journée terminée, nous nous couchâmes.

Konovalov s’étendit sur le plancher de la cuisine et s’endormit bientôt. J’étais couché sur les sacs de farine et pouvais voir d’en haut sa personne puissante et barbue, étendue comme un bogatyr sur une natte près du four. L’air était imprégné d’une odeur de pain chaud, de pâte aigre et d’oxyde de carbone… Il commençait à faire clair et, à travers les carreaux couverts de poussière de farine, regardait le ciel gris. Un chariot roulait avec fracas, un berger soufflait dans sa flûte pour réunir son troupeau.

Konovalov ronflait. Je regardais se soulever sa large poitrine et pensais à différents moyens de le convertir à ma foi, mais je n’imaginais rien et je m’endormis.

Au matin, sitôt debout, nous préparâmes le levain et, après nous être débarbouillés, nous nous installâmes sur le coffre pour prendre le thé.

— As-tu un livre ? demanda Konovalov.

— Oui.

— Me feras-tu la lecture ?

— Mais oui.

— Voilà qui est bien ! Sais-tu ce que je vais faire ? Quand mon mois sera fini, je demanderai de l’argent au patron et je t’en donnerai la moitié.