— Pourquoi cela ?
— Pour que tu achètes des livres… Tu t’achèteras pour toi ceux qui te plairont, et tu m’en achèteras aussi pour moi, — ne fût-ce que deux. Tu me choisiras ceux où l’on parle de paysans. Dans le genre de Pila et Cissoïko… Et surtout, que cela soit écrit avec pitié, pas pour amuser… Il y a des livres qui ne valent rien du tout. Panfilka et Filatka, bien qu’avec une image sur la couverture, n’est qu’une stupidité. Les Pochekhontsi — des fables pures ! Je n’aime pas ce genre-là. Je ne savais pas qu’il y avait des livres comme les tiens.
— Veux-tu l’histoire de Stenka Rasine ?
— Stenka ?… Est-ce bien ?
— Très bien.
— Vas-y !
Et, quelques instants après, je lui faisais la lecture de la monographie de Kostomarov : La Révolte de Stenka Rasine. Au début, cette œuvre de génie, cette espèce de poème épique déplut à mon auditeur barbu.
— Pourquoi n’y a-t-il pas de conversations ? demanda-t-il en regardant le livre.
Et quand je lui eus expliqué cela, il bâilla, voulut s’en cacher, mais n’y réussit pas et me dit d’un air confus :
— Lis toujours… ce n’est rien…