Il secoua la tête pour affirmer son « je ne puis pas » navré, se leva de dessus le coffre, et, se hérissant des deux mains la barbe et les cheveux, commença, la tête baissée, crachant de côté, à arpenter la cuisine.
— Maxime, commença-t-il d’un air confus, si tu allais la voir et lui expliquer à quel propos et pourquoi… hein ?… Va, frère.
— Mais que lui dirai-je ?
— Toute la vérité !… Il ne peut pas, cela ne lui convient pas du tout… Ou bien, voilà qui serait une idée… Dis : « Il a une mauvaise maladie… »
— Quelle espèce de vérité serait-ce ? demandai-je en riant.
— Oui, ce n’est pas vrai… Mais ce serait une excellente raison, hein ? Ah ! que le diable l’emporte, en voilà un embarras ! Ma femme, hein ? Mais je n’y avais pas songé une seule petite fois. Qu’ai-je besoin d’une femme ?
Il fit des bras un geste de doute et d’effroi qui prouvait clairement qu’il n’avait que faire d’une femme. Malgré le comique de son récit, le côté dramatique de cette histoire me préoccupait pour mon ami et cette jeune femme. Lui, marchait toujours en se parlant à lui-même.
— Et elle m’a déplu maintenant affreusement ! Elle m’enlize, elle m’absorbe comme qui dirait un marais sans fond. Elle s’est trouvé un mari ! Elle n’est pas trop intelligente, mais elle est rusée quand même.
En lui commençait à parler l’instinct du nomade, son éternel désir de liberté sur lequel on empiétait.
— Non, ce n’est pas avec un vermisseau qu’on m’attrapera. Je suis une grosse pièce ! s’écria-t-il avec vantardise. Voici ce que je ferai, oui, en vérité.