— Eh ! attends !… Qui t’a arrangé de la sorte ? Toute ta devanture est abîmée… As-tu vu Michka par ici ?

— Il y a longtemps que je ne l’ai vu ! cria l’autre, en rejoignant les débardeurs.

Tchelkache alla plus loin, accueilli par tous en ami. Mais lui, d’ordinaire gai et mordant, était évidemment de mauvaise humeur ce jour-là, et répondait brièvement aux questions.

Derrière une balle de marchandises, apparut un gardien de la douane, vert-foncé, poussiéreux et militairement raide. Il barra le chemin à Tchelkache, en se mettant devant lui dans une pose de provocation, la main gauche à son épée, et de la droite essayant de prendre Tchelkache au collet.

— Arrête, où vas-tu ?

Tchelkache recula d’un pas, leva les yeux sur le gardien et sourit sèchement.

Le visage rouge, rusé et bon enfant du douanier s’appliqua à paraître terrible ; à cette fin, il se gonfla, devint pourpre, agita les sourcils, fit de gros yeux et n’en fut que plus drôle.

— On te l’a déjà dit : n’ose pas entrer dans le port, sinon je te casse les côtes ! cria férocement le gardien.

— Bonjour, Sémenitch ! Il y a longtemps qu’on ne t’a vu, répondit tranquillement Tchelkache, et il lui tendit la main.

— Je me passerais bien de jamais te voir, moi !… Va ton chemin !