Sur les bords bien secs,

Sur les granges et les étables !…

— En as-tu vu de ceux-là ? demanda Tchelkache en le regardant avec ironie et songeant que ce brave garçon devait être très bête.

— Non, je n’en ai pas vu ; mais j’ai entendu parler d’eux.

— Ils te plaisent ?

— Pourquoi pas ? Ce sont des gens sans crainte et libres.

— Et qu’as-tu besoin de liberté ? Est-ce que tu aimes la liberté ?

— Comment ne l’aimerai-je pas ? On est son propre maître, on va où on veut, on fait ce qu’on désire… Comment donc ? Si on réussit à se maintenir et si on n’a pas de pierre au cou, — c’est parfait ! On n’a qu’à faire la noce tant qu’on veut, pourvu qu’on n’oublie pas Dieu.

Tchelkache cracha avec mépris et interrompit ses questions, en se détournant du gars.

— Prends-moi, par exemple… dit l’autre avec une subite animation. Quand mon père mourut, il ne laissa que peu de bien. La mère est vieille, la terre est fatiguée, que me reste-t-il à faire ? Il faut bien vivre. Et comment ? On ne sait pas. Je deviendrais bien gendre dans une bonne maison, pardi ! Si on donne sa part à la fille !… Eh ! bien, non ! le diable de beau-père ne veut pas faire le partage. Et alors, il faudra que je peine pour lui… longtemps… des années. Vois-tu comment sont les affaires ? Tandis que, si je pouvais mettre de côté une centaine et demie de roubles, je me sentirais d’aplomb et je saurais parler au vieux. « Veux-tu donner sa part à Marfa ? » Non ! « C’est bon ! Dieu merci, il n’y a pas qu’elle de fille dans le village. » Et j’aurais été tout à fait libre, mon propre maître. Oui ! — Le gars soupira. — Et maintenant, il n’y a rien à faire, que d’entrer dans une famille. J’ai pensé que, si j’allais à Koubagne, je ferais bien deux cents roubles. Alors, ça y est, je suis quelqu’un. Mais non, coulé, enfoncé ! Alors, il faut bien entrer dans une famille, se faire esclave, parce que je ne puis me tirer d’affaire avec ce que j’ai… impossible ! Éhé !…