Le gars détestait cette idée de devenir le mari d’une fille riche qui resterait dans sa famille. Son visage en devint terne et triste. Il s’agitait lourdement à terre, ce qui tira Tchelkache des réflexions où ce discours l’avait laissé tomber.
Tchelkache sentit qu’il n’avait plus aucune envie de causer, mais il demanda néanmoins :
— Et maintenant, où vas-tu ?
— Où je vais ? à la maison, bien sûr !
— Pourquoi serait-ce sûr ?… Peut-être que tu désires aller en Turquie.
— En Turquie ?… traîna le gars. Est-ce que les chrétiens y vont ? Que dis-tu là ?
— Quel imbécile tu es ! soupira Tchelkache, et, de nouveau, il se détourna de son interlocuteur, sentant, cette fois-ci, qu’il ne voulait plus lui jeter un seul mot. Ce robuste paysan éveillait en lui quelque chose d’obscur.
Un sentiment confus, qui mûrissait lentement, une espèce de dépit s’agitait au plus profond de son être, l’empêchait de se recueillir et de penser à tout ce qu’il avait à faire cette nuit.
Le gars qu’il venait d’injurier marmottait quelque chose à demi-voix, en lui lançant par moment des regards de travers. Les joues s’étaient drôlement enflées, les lèvres s’étaient avancées et les yeux rétrécis clignaient souvent et d’une manière qui prêtait à rire. Évidemment il ne s’attendait pas à ce que sa conversation avec ce personnage moustachu finît si vite et d’une façon si humiliante.
Tchelkache ne faisait plus aucune attention à lui. Il sifflait avec préoccupation, assis sur sa borne, et battait la mesure de son talon nu et sale.