Lui, le voleur cynique, aimait la mer. Son tempérament bouillant, avide d’impressions, ne se rassasiait jamais de la contemplation de cette immensité infinie, libre et puissante. Et il était froissé d’entendre une semblable réponse à sa question sur la beauté de la mer, qu’il aimait. Assis au gouvernail, il coupait l’eau de sa rame et regardait tranquillement devant lui, plein du désir de nager encore longtemps sur cette plaine de velours.
Sur mer, une émotion large et chaude montait en lui, emplissait son âme et l’épurait un peu des souillures de la vie. Il goûtait cette impression et aimait se voir meilleur, ici, parmi les vagues et l’air où les pensées de la vie perdent leur âcreté et la vie elle-même sa valeur. Dans la nuit, sur la mer, vogue le bruit léger de sa respiration endormie, et ce murmure infini verse dans l’âme la paix, réfrène les impulsions mauvaises, fait naître des rêves puissants…
— Et les filets, où sont-ils, hein ? demanda tout à coup Gavrilo, en faisant l’inspection de la barque.
Tchelkache tressaillit.
— Le filet est là, au gouvernail.
— Quel filet cela peut-il être ? demanda avec méfiance Gavrilo.
— Un épervier et…
Mais Tchelkache eut honte de mentir à cet enfant pour cacher ses véritables projets ; il regretta aussi les pensées et les sentiments que le gars avait mis en fuite par sa question. Il se fâcha. Il sentit à la poitrine la brûlure cuisante qu’il connaissait bien ; quelque chose le serra à la gorge. Il dit durement à Gavrilo :
— Tu es là ; eh ! bien, restes-y ! Et ne te mêle pas de ce qui ne te regarde en rien. On t’a pris pour ramer, rame. Et si tu laisses aller ta langue, il n’en résultera rien de bon. As-tu compris ?
Une minute, le bateau chancela et s’arrêta. Les rames s’immobilisèrent dans l’eau bouillonnant autour d’elles, et Gavrilo s’agita avec inquiétude sur sa banquette.