— Fais ce que tu veux… Je ne répondrai pas un mot. Pardonne-moi, au nom du Christ !

— Nigaud, qui ne sais même pas voler ! cria Tchelkache avec mépris. Il arracha sa chemise sous sa veste et, sans rien dire, grinçant seulement des dents, se mit à se bander la tête.

— As-tu pris l’argent ? demanda-t-il enfin.

— Je ne l’ai pas pris, frère, je n’en veux pas ! Il porte malheur !

Tchelkache fourra la main dans la poche de sa veste, retira la liasse des billets, en remit un dans sa poche et jeta tout le reste à Gavrilo.

— Prends et détale !

— Je ne puis le prendre… je ne puis ! Pardonne !

— Prends, je te dis ! rugit Tchelkache, roulant effroyablement les yeux.

— Pardonne-moi ! Alors, je le prendrai… dit timidement Gavrilo, et il tomba aux pieds de Tchelkache sur le sable humide, que la pluie arrosait généreusement.

— Tu mens, nigaud, tu le prendras tout de suite ! dit avec assurance Tchelkache et, lui soulevant la tête par les cheveux, avec effort, il lui fourra l’argent au visage. — Prends, prends ! Ce n’est pas pour rien que tu as travaillé ! N’aie pas honte d’avoir failli assassiner un homme ! Pour des gens comme moi, personne ne réclame. On dira plutôt merci quand on l’apprendra. Tiens, prends ! Personne ne saura ton action, et elle mérite pourtant une récompense ! Voilà.