Le paletot était sec. Charko voulut le mettre sur son corps nu, mais le vieillard lui dit :

— Attends. Commence par courir pour te réchauffer le sang. Cours autour du feu. Va !

Au premier abord, Charko ne comprit pas ; puis, tout à coup, il sauta de sa place et, nu, commença une danse d’une sauvagerie extrême. Il volait comme une balle par-dessus le feu, tourbillonnait sur place, frappait la terre de ses pieds, criait de toute sa force et agitait ses bras. C’était un spectacle à mourir de rire. Deux des hommes se roulaient à terre, riant à gorge déployée, tandis que le vieux, la face impassible et sérieuse, essayait de battre des mains en mesure pour accompagner la danse de Charko, mais n’y réussissait pas ; il suivait attentivement, balançait la tête, remuait les moustaches et criait d’une voix profonde :

— Haïe-ha ! C’est ça, c’est ça ! Haïe-ha ! Boutz, boutz !

Éclairé par le feu, Charko se tordait comme un serpent, prenait les poses les plus variées, sautait sur un pied, tapait rapidement la terre, et son corps brillant se couvrait de larges gouttes de sueur. Le feu faisait paraître ces gouttes rouges comme du sang.

Maintenant, les trois hommes frappaient des mains en mesure, tandis que, tremblant de froid, je me disais que notre aventure aurait mis en joie un admirateur de Cooper ou de Jules Verne ; il y avait naufrage, indigènes hospitaliers et danses de sauvages autour du feu… Songeant ainsi, je me demandais avec inquiétude ce que serait l’épisode, le plus intéressant de l’aventure, c’est-à-dire la fin.

Charko était déjà assis par terre, enroulé dans le paletot, et mangeait, en me regardant de ses yeux noirs où brillait quelque chose qui provoquait en moi une sensation pénible. Ses vêtements séchaient, suspendus à des bâtons fichés en terre autour du feu. On me donna aussi du pain et du lard salé.

Mikhal revint et s’assit en silence auprès du vieillard.

— Eh ! bien ? demanda le vieillard.

— Il y a un bateau par là ! répondit brièvement Mikhal.