Le vieux parlait avec une indifférence révoltante et, quand il eut fini, ses camarades hochèrent la tête en silence.
— Voilà ! Tu as volé et tu dois pâtir maintenant puisque te voilà pris. Mikhal ! Cette chose, le bateau, est là ?
— Mais oui, il est là.
— Eh ! bien… l’eau ne l’emportera pas ?
— Non, elle ne l’emportera pas.
— Eh ! bien, il n’a qu’à rester. Demain, les bateliers iront à Kertch et emmèneront le bateau. Pourquoi ne prendraient-ils pas un bateau vide ? Hé ? C’est bon. Et maintenant, vous autres, les amis déguenillés, voilà !… Vous n’avez pas peur, tous les deux ? Non ? Encore une demi-verste et vous étiez en pleine mer. Qu’auriez-vous fait au large ? Dites ? Vous seriez allés au fond, comme deux cognées… oui ! Vous vous seriez noyés et voilà tout !
Le vieillard se tut et se mit à me regarder avec un sourire narquois dans sa moustache.
— Pourquoi te tais-tu, gamin ? me demanda-t-il.
J’en avais assez de ses digressions que, sans comprendre, je prenais pour des moqueries sur notre compte.
— Je l’écoute, répondis-je d’un ton assez fâché.