Je regardai attentivement le vieux ; je ne pouvais discerner aucun mouvement sur sa face flegmatique, brûlée par le soleil et tannée par le vent, sur laquelle sautaient les ombres du feu.

— Qu’il n’arrive pas d’histoire ! concéda Mikhal.

— Il ne doit pas en arriver, à moins que tu ne donnes trop de liberté à ta langue. Et si nous les conduisons chez l’atamane, ce ne sera qu’embarras pour nous et pour eux. Nous avons nos affaires, eux n’ont qu’à partir. Hé ! avez-vous encore loin à aller ? demanda le vieux, bien que je lui aie déjà dit où nous allions.

— A Tiflis…

— C’est loin. Tu vois, et l’atamane leur ferait encore perdre du temps. Alors, quand arriveraient-ils ? Mieux vaut qu’ils aillent leur chemin. N’est-ce pas ?

— Eh ! bien, qu’ils aillent, consentirent les compagnons du vieux, quand, après avoir fini son lent discours, serrant les lèvres, il les eut regardés tous avec interrogation ; il tordait avec ses doigts sa barbe décolorée.

— Allons, enfants, partez ; que Dieu vous accompagne ! — Il agita la main. — Et le bateau sera remis en place. N’est-ce pas ?

— Merci, vieux ! dis-je, en ôtant mon chapeau.

— Pourquoi merci ?

— Merci, frère, merci ! répétai-je avec émotion.