— De toi…

— Que t’ai-je fait ? dit-il avec mauvaise humeur, et de nouveau il baissa les yeux sous son regard.

Elle ne fit aucune réponse.

Iakov devinait bien ce qu’étaient ses relations avec le père, et cela l’empêchait de s’exprimer librement. Il n’éprouvait aucune surprise : il avait entendu dire qu’aux travaux, loin du village, les gens perdaient toute retenue et, du reste, il aurait été difficile à l’homme robuste qu’était son père de se passer de femme si longtemps. Mais néanmoins, il éprouvait une gêne pour elle et pour son père. Et puis il se ressouvint de sa mère, harassée, grondeuse, qui peinait là-bas, sans relâche.

— La soupe est prête ! annonça Vassili, au seuil de la cabane. Donne les cuillers, Malva.

Iakov regarda le père et pensa :

— On voit qu’elle vient ici souvent, puisqu’elle sait où sont les choses.

Quand elle eut trouvé les cuillers, elle dit qu’il fallait aller à la mer pour les laver, et que dans le bateau elle avait de l’eau-de-vie.

Le père et le fils la regardèrent s’éloigner ; puis, restés seuls, ils se turent.

— Comment l’as-tu rencontrée ? demanda enfin Vassili.