Et il cracha dans la direction du rivage, avec mépris.

La mer riait.

Vassili se leva et alla vers la cabane, avec l’intention de se faire à dîner, mais, sentant qu’il n’avait pas faim, il retourna à son ancienne place et se recoucha.

— Si au moins Serejka pouvait venir ! s’écria-t-il en lui-même ; et il s’efforçait de ne songer qu’à Serejka. — C’est du poison que ce gars… Il se moque de tout, se bat avec tous. Robuste, sachant lire, ayant vu du pays… mais ivrogne. On ne s’ennuie pas avec lui… Les femmes en sont folles, et, bien qu’il soit ici depuis peu, toutes lui courent après. Il n’y a que Malva qui se tient à l’écart de lui… Elle ne vient toujours pas. Quelle maudite femme ! Peut-être m’en veut-elle de ce que je l’ai battue ? Mais ce n’était pas du nouveau pour elle. D’autres ont dû la battre ferme ! Et moi je la battrai encore !

Ainsi, pensant à son fils, à Serejka, et le plus souvent à Malva, Vassili s’agitait sur le sable et attendait. L’inquiétude vague se transformait en soupçon, mais il ne voulait pas s’y arrêter. Il se cachait à lui-même sa méfiance. Il perdit son temps jusqu’au soir, tantôt se levant et marchant sur le sable, tantôt s’étendant de nouveau. La mer était déjà sombre qu’il guettait toujours, dans l’espoir du bateau.

Mais Malva ne vint pas, ce dimanche-là non plus. En se couchant, Vassili maugréa contre son service qui ne lui laissait pas la liberté d’aller sur la côte, et, même en s’endormant, il sursautait, comme s’il entendait au loin un bruit de rames. Alors, il mettait sa main en abat-jour au-dessus de ses yeux et regardait la mer trouble et obscure. Là-bas, à la pêcherie, brûlaient deux feux, et sur la mer il n’y avait personne.

— C’est bon, sorcière !… menaça Vassili.

Et il s’endormit d’un lourd sommeil.

Voici ce qui s’était passé à la pêcherie, ce jour-là.

Iakov se leva de bonne heure, quand le soleil ne brûlait pas encore et que la mer soufflait une fraîcheur vivifiante. Il alla de la baraque à la mer pour s’y laver, et sur la grève aperçut Malva. Elle était assise à la proue d’une grande barque amarrée au bord et, laissant pendre ses pieds nus, peignait ses cheveux humides.