Et le patron, homme malsain et bouffi, avec des yeux louches presque recouverts de graisse et une figure de femme, balançait son énorme ventre, frappait le sol de ses pieds courts et gros et criait d’une voix perçante :

— Brigand ! Assassin ! Judas ! Traître ! Mon Dieu, pour quel crime m’as-tu infligé la présence ici de cet homme ?

Et, ouvrant ses doigts courts, il élevait au ciel ses bras et tout à coup annonçait d’une voix haute, qui écorchait les oreilles :

— Si je te faisais conduire au poste pour ton tapage ?

— Au poste, le serviteur du Tsar et de la patrie ? rugissait le soldat, et il s’avançait, les poings levés. Le patron reculait, crachait, soufflait d’émotion et criait des injures. C’était tout ce qu’il pouvait faire ; en été dans les villes de la Volga, il est très difficile de trouver un pétrisseur.

Des scènes de cette espèce avaient lieu presque tous les jours. Le soldat buvait, gaspillait de la pâte et jouait différentes marches, valses et « numéros » comme il disait. Le maître grinçait des dents et moi, en raison de tout cela, je devais travailler pour deux, ce qui n’était pas logique et me fatiguait beaucoup.

Aussi fus-je très heureux quand, une fois, il y eut entre le patron et le soldat, la scène suivante :

— Eh ! soldat, dit le maître, qui fit son apparition à la cuisine, le visage rayonnant et satisfait, les yeux luisant d’un sourire perfide, eh ! soldat, avance les lèvres et joue la marche du départ.

— Quoi encore ? dit d’une voix sombre le soldat. Il était couché, à moitié ivre selon son usage, sur le coffre à pâte.

— Pars pour la guerre, caporal ! répondit le patron radieux.