— C’est moi l’araignée ?
Le patron bouillait.
— Bien sûr ! Araignée, suceur de sang ! Voilà ce que tu es ! dit avec conviction le soldat et il gagna la porte en chancelant.
Le patron riait méchamment et ses yeux pétillaient de joie.
— Essaye maintenant de trouver une place chez n’importe qui ! Oui ! J’ai fait de toi de si beaux portraits que, même si tu ne demandais pas de gages, on ne te prendrait pas ! Nulle part on ne te prendra. J’ai veillé sur ton sort, tête pourrie que tu es !
— Avez-vous un nouveau pétrisseur ? demandai-je.
— Un nouveau, oui, mais ce nouveau est un ancien. Il a été mon aide. Et quel pétrisseur ! C’est de l’or. Ivrogne lui aussi, mais il a ses moments… Il arrive, il prend de l’ouvrage et pendant trois ou quatre mois il en abat comme un ours. Il ne connaît ni repos, ni sommeil et ne regarde pas au prix, c’est ce qu’on veut. Il travaille et il chante. Il chante si bien, mon petit, qu’on ne peut l’écouter : le cœur en devient lourd d’ennui. Il chante, il chante, puis il se met à boire.
Le patron soupira et fit un geste découragé de la main.
— Et, quand il se met à boire, il est impossible de l’arrêter. Il boira jusqu’au moment où il tombera malade ou bien n’aura plus de vêtement. Alors il a honte, ou quoi ? et disparaît comme le diable à la fumée de l’encens. Tiens, le voilà ! Tu es là pour de bon, Sacha ?
— Mais oui ! répondit du seuil une voix profonde.