répond avec beaucoup de présence d'esprit le pauvre diable. Le faire, le mettre, sont dans le même cas. Les vers de Corneille:

Dis-moi donc, lorsqu'Othon s'est offert à Camille,

A-t-il paru contraint? a-t-elle été facile?

Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein effet?

Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il fait?

seraient aujourd'hui insupportables à la scène. On dit encore érection en parlant de celle d'une statue, mais le temps n'est peut-être pas très éloigné où l'on n'osera plus le dire. L'instrument de paix, dresser l'instrument, sont des locutions encore usitées, dans le langage diplomatique, pour signifier l'acte authentique d'un traité, d'une convention: elles n'ont pas longtemps à vivre, mais on les remplacera aisément. La perte du verbe actif baiser est plus regrettable. Le sens honnête du mot, donner un baiser, n'était pas, du temps de Molière, aussi complètement oblitéré par l'autre sens, qu'il l'est à présent.—«Baiserai-je?» demande ingénument Thomas Diafoirus à son père, quand on lui présente sa future. «Baiseuse, s. f., celle qui baise volontiers,» dit Richelet, probablement sans y entendre malice, quoiqu'il soit assez sujet à caution, et qu'il vienne de définir baiser: «avoir la dernière faveur d'une dame.»

Viens, Margot, viens qu'on te baise,

disait Béranger. Des deux verbes, baiser et embrasser, ce serait plutôt le dernier qui aurait dû devenir indécent, puisqu'il signifie tenir entre ses bras; c'est le premier à qui est échu ce mauvais sort, et on le remplace par embrasser, non sans faire gauchir la langue, car il est absurde de dire embrasser pour: donner un baiser, et encore plus de dire: embrasser sur la bouche. Les mots deviennent obscènes ou grossiers par le temps, par l'usage, sans qu'on puisse bien se rendre compte du pourquoi, ni de l'époque à laquelle la métamorphose s'est opérée. On trouve dans Richelet: «Instrument, parties naturelles de l'homme. Pine, parties naturelles d'un petit garçon; ex.: Elle lui prend la pine. Queue (pudenda hominis); ex.: La queue lui pend au petit bonhomme. Trou du cul; ex.: Se torcher le trou du cul.» Tous ces mots sont maintenant bannis des Dictionnaires. Éloi Johanneau (Épigrammes contre Martial, p. 50) dit que de son temps, le jour de Pâques, à la porte de la cathédrale de Saintes, des femmes vendaient des gâteaux en forme de Priapes, et criaient: «A mes pines! qui veut de mes pines?» La police y mettrait aujourd'hui bon ordre. Le gendarme qui arrêterait la délinquante serait sans doute bien embarrassé de dire pourquoi pine est obscène quand pénis ne l'est pas, mais cela est.

[ [25] Entendus dans le sens érotique, ductare exercitus voudrait dire: branler l'armée, et patrare bellum: décharger la guerre, tropes violents qui n'étaient aucunement dans l'esprit de Salluste, et dont pourtant Mirabeau a égalé sinon surpassé l'énergie: «Ce d'Orléans est un Jeanfoutre qui toujours bande le crime et qui n'ose le décharger.»