Je le dis très haut, voilà les élèves que j'essaie de former. Monsieur le représentant du Ministre de l'Instruction publique, voulez-vous me permettre de dire que je ne comprends pas que, lorsque vous voyez un établissement qui travaille dans cet ordre d'idées, il ne soit pas considéré comme un établissement luttant pour le bien de la France et l'avenir de la démocratie. Nous pouvons être des concurrents, nous devons être des concurrents, parce qu'il est excellent que, dans un pays de liberté, la centralisation soit entamée par des hommes libres et chevaleresques. Mais c'est tout.

Nous livrons le combat comme nous croyons devoir le livrer, mais nous luttons pour la même cause. Nous présentons notre épée en signe d'amitié, comme le fait un chevalier. Jamais il ne faut attaquer un chevalier, un ami du droit et de l'indépendance: on entre en pourparlers avec lui, mais on ne s'expose pas à lui faire la guerre, car l'attaquer, c'est entrer en lutte contre la justice et la liberté. (Très bien! très bien!)

Je ne puis pas, Mesdames et Messieurs, méconnaître que l'oeuvre des sports a des adversaires. M. de Coubertin traiterait cette question beaucoup mieux que moi, parce qu'il a été de toutes les batailles que les associations sportives ont soutenues, et il le ferait avec d'autant plus d'éloquence qu'ayant été de toutes les batailles, il les a toutes gagnées.

En ce qui me concerne, j'aime beaucoup la bataille, surtout si je la gagne. (Rires et applaudissements.) Mais je ne livre le combat que quand je crois être sûr du succès, sinon j'attends—mais je n'attends jamais longtemps. (On rit.) Dès que mes troupes sont bien prêtes, que les armes sont au complet, alors je donne le signal du combat. Je puis être battu, mais j'ai toujours assuré ma ligne de retraite.

Quels sont donc, Messieurs, les adversaires des sports? Je les classe en trois catégories: les passifs, les affectifs et les intellectuels. J'emprunte ces termes au docteur Tissié et je suis heureux de me servir de cette jolie étiquette. Mais je les définirai autrement: les affectifs, c'est vous, Mesdames. Le plus grand ennemi des sports, c'est la mère. Combien ai-je entendu de mères me dire: «Et surtout que mon fils ne joue pas au football!

—Madame, votre fils vous appartient et il n'y jouera pas, si vous le défendez. Mais pourquoi le défendez-vous? Vous êtes calme en ce moment, causons.—Vous voulez donc que mon fils se casse une jambe, un bras, qu'il meure?—Non, Madame, je veux qu'il vive; et si on lui casse une jambe, nous la lui raccommoderons. (On rit.)—Ah! vous voilà bien!—Ne savez-vous pas qu'une jambe raccommodée est beaucoup plus solide qu'une neuve?» (Hilarité. Vifs applaudissements.)

Vous voyez quelle est la résistance du sentiment. Et, à ce propos, je me rappelle un mot de Claude Bernard, dont j'ai suivi les cours autrefois. Il s'agissait alors de la vivisection et les affectifs étaient en mouvement. Toujours les sentimentaux!

Les Anglaises avaient fondé une Ligue contre la vivisection, et Claude Bernard faisait remarquer qu'on ne pouvait pas discuter avec les sentimentaux, parce qu'une raison, même la meilleure, ne peut pas mordre sur un sentimental. Le sentiment ne se laisse jamais persuader. «Comment! vous allez disséquer vivants mon chat, mon chien, mon petit lapin», disaient les membres de la Ligue contre la vivisection!

Et Claude-Bernard faisait cette réflexion dans sa raison supérieure: J'admire comment ces êtres de sentiment, si pleins de compassion pour les bêtes, en ont si peu pour la pauvre humanité! «Comment apprendre à la guérir, si ce n'est en taillant les bêtes, en les examinant à l'intérieur pour y chercher l'énigme de la maladie et surprendre le secret de la guérison.» (Applaudissements répétés.)

Malgré l'opposition tenace des sentimentaux, la vivisection a continué à être pratiquée et vous savez de quelles heureuses découvertes elle a été le point de départ.