Avec toute votre sentimentalité, Mères, vous n'empêcherez pas votre enfant de jouer. C'est l'enfant lui-même qui vous persuadera. Quand il voudra se donner du mouvement, l'attacherez-vous, le ligoterez-vous pour qu'il n'exerce pas sa force avec ses camarades? Il veut être plus fort qu'eux et vous ne l'en défendrez pas; si bien que, malgré l'objection des affectifs, les associations sportives continueront à se développer.
Une autre objection est celle des éternels réactionnaires: les passifs, les partisans de ce qui fut; les ennemis nés et acharnés de ce qui doit être. Une nouveauté! Pourquoi faire? Cela n'existait pas autrefois. Vous connaissez le thème. Le mouvement nouveau les effraye et, malgré tous nos efforts, vous voyez encore dans les établissements d'instruction s'entasser élèves sur élèves. Vous voyez des centaines d'enfants dans des dortoirs, dans des cours, où ils ne respirent pas, où ils peuvent à peine courir, à peine marcher. Et c'est cela qu'ils appellent, les passifs, conserver les belles et bonnes traditions. Non, non et non! Pour gagner des victoires dans la vie, il faut des forces vraies, des forces pratiques, et on ne les acquiert que par les exercices de plein air, les sports athlétiques qui trempent le corps, qui trempent l'âme. Nous voulons des hommes d'action; les associations sportives nous aideront à les créer parce qu'elles développent les qualités pratiques sans lesquelles on ne peut rien faire d'utile en ce monde.
Mais, mon fils ira au concours général, dit une mère. Il sera officier, il aura un plumet.—Est-ce le plumet qui fait gagner les batailles? Il est souvent gênant. Les hommes qui veulent remporter des victoires ont besoin de forces pratiques.
Ce que je préfère, c'est le jeune homme capable de conduire une de ces grandes affaires commerciales comme il y en a dans cette puissante ville du Havre. Je le préfère celui-là au Monsieur qui fera de la littérature, qui publiera des articles à 300, 400 ou 500 francs dans un journal en vogue, et qui, ayant le gousset bien garni, pourra mener une vie luxueuse.
Celui qui conduira une usine de 1.000 ouvriers gagnera des batailles, les batailles de l'industrie et du commerce, il fera vivre des familles et il enrichira son pays, la France. (Nombreux applaudissements.)
Il y a une troisième objection: celle des intellectuels. J'appelle intellectuel le Monsieur qui croit n'avoir plus d'estomac, qui ne peut pas souffrir un courant d'air. Il y a un courant d'air ici, fermez les fenêtres. (On rit.) Il est tellement affiné, qu'il n'appartient plus à la race humaine. Nous sommes profondément méprisés par lui, parce qu'il a fait des livres délicats, quintessenciés, ayant la dernière forme et dans lesquels on trouve des choses qu'on n'a vues nulle part. Eh bien! que m'apprenez-vous, vous, les intellectuels? Je le déclare, je suis peut-être un barbare, mais tous ces romans je ne les lis pas. Je me suis toujours demandé comment les femmes intelligentes pouvaient se nourrir ou plutôt s'intoxiquer de ces livres, car il faut bien le reconnaître, quand ils tirent à 100.000, il y en a 60.000 qui sont achetés par les femmes. (Applaudissements répétés.)
Que les intellectuels me pardonnent: au fond je suis un brave homme! (Nouveaux applaudissements et rires.)
En parlant comme je le fais, j'exprime des idées qui me sont chères, en bon chevalier, mais je puis faire bon ménage avec un intellectuel et passer de bonnes heures avec lui; je ne sais pas si elles sont, pour lui, aussi agréables!
L'intellectuel dit: Développez donc les cerveaux et non les muscles. Et moi je dis—et M. le docteur Tissié m'approuvera, je crois—: Pour développer le cerveau, il faut fortifier le muscle. Quand nous aurons battu les intellectuels—l'heure approche, car le muscle triomphe—nous verrons disparaître des boulevards ces romans dont on s'empoisonne. Quelle belle victoire! (Assentiment général.)
Oui, ne serait-ce pas une grande victoire que de pouvoir réduire ainsi les intellectuels qui croient tenir le sommet de la pyramide humaine! Nous y arriverons, je l'espère bien.