Comment de leurs cimes glacées
Descendent les fécondes eaux?
Et d’un miel pur les doux ruisseaux
Serpentent-ils dans leurs vallées?
C’est que sur la plus haute cime
Flotte l’étendard des élus,
Et que là le Roi des vertus
Place son pavillon sublime.
Salut roche majestueuse,
Futur asile du bonheur;
De ses trésors le divin Cœur
T’ouvre aujourd’hui la source heureuse.
Non, non, désormais plus d’alarmes;
De la paix j’entends les concerts,
Et les sauvages des déserts
En l’écoutant versent des larmes.
Bientôt de leur vive allégresse
L’écho redira les accents;
Et la bouche de leurs enfants
du Ciel publiera la tendresse.
Grand Dieu, qu’ils sont donc admirables
Les chemins par où ton amour
Appelle au céleste séjour
Des cœurs naguère si coupables!
Ayant parlé de la Plate, il faut bien que je dise un mot de l’Eau-bourbeuse ou du Missouri qui se grossit de ses eaux; toutefois je ne toucherai que quelques points géographiques qui le regardent. Le Missouri est le fleuve que je connais le mieux. Dans les quatre années qui viennent de s’écouler, je l’ai monté et descendu de toutes les manières, par eau, par terre, en berge, en canot de bois et de peau, en bateau à vapeur. J’ai parcouru les plaines de ses deux plus grands tributaires, à travers un espace de plus de huit cents milles. J’ai traversé presque toutes les fourches qui lui paient le tribut de leurs eaux, depuis la source de la Roche jaune, jusqu’à l’endroit où le Missouri, s’associant au Mississipi, va communiquer sa fougue au plus paisible des fleuves. J’ai bu des eaux limpides de ses sources; et à une distance de trois milles, j’ai goûté les eaux bourbeuses de son embouchure. Sa prodigieuse étendue, son volume d’eau, sa bourbe remarquable, son caractère variable, impétueux, sauvage et destructeur, arrachant souvent avec furie des arpents entiers de l’un de ses bords et déposant sa vase sur l’autre, engloutissant les belles forêts qui l’ombragent pour parsemer son sein d’écueils dangereux, changent à chaque instant la physionomie et le site de ses charmantes îles. Ce fleuve Furieux (c’est le nom que les Dacotahs lui donnent) semble, surtout dans un espace de six à sept milles (la basse plaine), se jouer de tous les obstacles qu’il rencontre; car là où il veut passer, il passe, rien n’a jamais pu l’arrêter. Les régions singulières qu’il traverse lui donnent un air de grandeur qui n’appartient qu’au sublime. Chaque fois qu’on le traverse, une espèce d’enthousiasme s’empare de l’imagination; on se transporte d’avance dans ces contrées lointaines, dans cet océan de prairies qu’il arrose, jusqu’aux pieds des colosses américains qui lui donnent naissance.
C’est donc du sein fécond des Montagnes Rocheuses que le Missouri sort, avec tant d’autres grands fleuves, l’Arkansas, la Rivière-Rouge, le Mississipi, qui tous s’entremêlent ensuite dans un seul réservoir, après avoir orné leurs deux bords, dans leurs immenses étendues, des riches débris arrachés aux montagnes.
Le Missouri proprement dit est formé par trois fourches considérables, qui s’unissent à l’entrée d’une gorge de l’une des principales chaînes des Montagnes Rocheuses. La fourche du nord s’appelle Gefferson; celle du milieu, le Madison, et celle du sud, le Gallatin. Chacune se divise en petites branches qui descendent des montagnes dans tous les sens, et entrelacent leurs eaux avec les fourches supérieures de la Columbie et du Rio-Colorado[3], qui coulent à l’ouest des montagnes. J’ai bu des fontaines des unes et des autres, à la distance de moins de cinquante verges, le même champ de neige fournissant des eaux au grand Océan et à la mer Pacifique. Après la jonction des trois fourches, le Missouri ne présente à une distance considérable qu’un torrent fougueux et écumant. Il s’étend ensuite dans un lit plus spacieux et par conséquent plus tranquille; on y rencontre de petites îles et des rochers noirâtres et escarpés qui s’élèvent jusqu’à la hauteur de mille pieds au-dessus de son courant. Les montagnes dont il lave les bases sont couvertes de térébenthines, telles que le pin, le sapin et le cèdre, et de toutes sortes de tamarins; on y voit beaucoup de grosses-cornes à une hauteur en apparence inaccessible. Bientôt ces montagnes prennent un aspect solitaire et offrent aux regards les masses les plus imposantes. Dans un parcours de dix-sept milles, la rivière est dans une rage éternelle, roulant et lançant ses ondes écumantes de cataracte avec des mugissements épouvantables dont tous les échos d’alentour retentissent. La première chute est de quatre-vingt-dix-huit pieds, la seconde de dix-neuf, la troisième de quarante-sept, et la quatrième de vingt-six. Le Missouri conserve la fougue et la rapidité de son cours assez loin au delà. Immédiatement après sa dernière chute, il reçoit la belle Rivière-à-Marie, qui vient paisiblement du nord. Plus bas, du côté opposé, entre le Déarn-Born et la Fantaisie, chacune par une embouchure de cent cinquante verges, les Manolles, la Grosse-Corne, la Coquille, toutes de cent verges; la Grande-Sèche de quatre cents verges, la Sèche de cent, et le Porc-épic de cent douze. Après ces rivières, on voit paraître la Roche-jaune, le second en grandeur de tous les tributaires du Missouri. Elle lui ressemble sous bien des rapports et prend sa source dans les mêmes montagnes; son lit est large, son courant rapide; aux deux cents derniers milles de son cours, ses deux bords sont bien boisés, et ses bas-fonds larges et fertiles. L’ours gris et l’ours noir, la biche, la grosse-corne, le chevreuil commun et le chevreuil à queue noire, la gazelle et le buffle, sont les animaux les plus communs de ces parages. Les mines de charbon et de fer y paraissent très-abondantes; lorsqu’on les exploitera, elles fourniront de l’emploi à une infinité de machines à vapeur. La Roche-jaune se décharge dans le Missouri par le sud, après un cours de seize cents milles; à son embouchure, qui est de huit cent cinquante verges, elle paraît plus large que le fleuve qui la reçoit.
Le Missouri, après sa jonction avec la Roche-jaune, commence à s’étendre dans des plaines et des bas-fonds, malheureusement dénués de bois, ce qui retardera encore longtemps la culture de ces riches terres. Il reçoit successivement par le nord la Rivière-de-la-terre-blanche, et par le sud la Rivière-à-l’oie, le Petit-Missouri, peu profond et très-rapide; la Rivière-aux-couteaux, près des villages des Mandans; la Rivière-aux-boulets, le Winnipentin, la Sewarzerna, la Sheyenne, navigable jusqu’à environ trois cents milles de son embouchure, qui est de quatre cents verges; son courant est très-rapide, et son eau très-bourbeuse; ensuite la Rivière-à-Tyber et la Rivière-blanche. Cette dernière tire son nom de la blancheur de ses eaux qui sont très-malsaines et resserrent le corps lorsqu’on en boit; les terres hautes qui l’avoisinent sont stériles et abondent en pétrification du règne animal et végétal; ses coteaux sont d’un aspect fantastique et singulier; son flux est rapide; depuis son embouchure, qui est de trois cents verges, on peut la remonter en bateau à la distance de trois cents milles. Le Poncas et l’Eau-qui-court entrent du même côté; du côté opposé on rencontre la petite Rivière-à-médecine, la Rivière-à-Jacques, qui est de temps immémorial un rendez-vous de chasseurs à castors; la Pierre-blanche, le Vermillon, la Sciouse qui possède une belle carrière rouge à calumets, la Petite-Sciouse, la Rivière-à-Floy, le Royer, le Maringouin, le Nishuebatlana, la Rivière-aux-tonneaux, le Torquios, le Nodowa.