Bien des choses de ma part à la famille et aux amis.

P. J. de Smet, S. J.

Copie d’une lettre du P. Mengarini au P. de Smet.

Sainte-Marie, 28 juin 1842.

Grâces à Dieu, nos espérances commencent à se réaliser. Un changement salutaire s’est visiblement opéré dans notre peuplade, dont les chefs et les membres nous font déjà goûter, par leur conduite vraiment édifiante, les plus douces consolations.

Le jour de la Pentecôte a été pour nous et pour nos chers néophytes un jour de bénédiction et de grâces; quatre-vingts d’entre eux ont eu le bonheur de recevoir pour la première fois le Pain des anges. Leur assiduité pendant un mois aux instructions, que nous leur donnions trois fois par jour, nous avait assurés de leur zèle et de leur ferveur. Une retraite de trois jours, qui a servi de préparation plus immédiate, nous en a convaincus davantage. Dès le matin, de nombreuses décharges de fusil annonçaient au loin l’arrivée du grand jour. Au premier son de la clochette, une foule de sauvages se pressèrent vers notre église. Un des Pères, en surplis et en étole, précédé de trois enfants de chœur dont l’un portait la bannière du Sacré-Cœur de Jésus, alla les recevoir pour les conduire, en ordre de procession et aux chants des cantiques, dans le temple du Seigneur. Quel religieux recueillement parmi cette foule! Tous gardèrent un profond silence; mais en même temps brillait sur les visages l’allégresse qui avait rempli les cœurs. L’ardent amour dont brûlait déjà ces âmes innocentes fut enflammé par les fervents colloques avec Jésus dans son sacrement d’amour, que faisait à haute voix l’un des Pères, en y entremêlant des couplets de cantiques. La tendre dévotion, la foi vive avec laquelle ces sauvages ont reçu leur Dieu, nous a réellement édifiés et touchés. A onze heures du matin, ils ont renouvelé les vœux du baptême, et dans l’après-midi, ils ont fait la consécration solennelle de leurs cœurs à la sainte Vierge, patronne titulaire de ces lieux. Puissent ces pieux sentiments, que seule la vraie religion inspire, se conserver parmi nos chers enfants! Nous l’espérons, et ce qui augmente notre espoir, c’est qu’à l’occasion de cette solennité, environ cent vingt personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence, et que, depuis cette époque à jamais mémorable, chaque dimanche nous avons de trente à quarante communions et de cinquante à soixante confessions.

Le jour de la Fête-Dieu a vu une autre cérémonie non moins touchante, et propre à perpétuer la reconnaissance et la dévotion de nos bons sauvages envers notre aimable Reine. Ce fut l’érection solennelle d’une statue de la sainte Vierge, en mémoire de son apparition au petit Paul. Voici une courte description de la fête. Depuis l’entrée de notre chapelle jusqu’à l’endroit où le petit Paul avait reçu la faveur signalée, l’avenue n’était qu’une pelouse verte, que bordaient des deux côtés, dans toute leur longueur, des guirlandes de fleurs pendant en festons. De distance en distance s’élevaient de gracieux arcs de triompha. A l’extrémité, au milieu d’une espèce de reposoir, était le piédestal qui devait recevoir la statue. Au temps marqué, la procession sortit de notre chapelle dans l’ordre suivant: la bannière du Sacré-Cœur en tête, de près suivait le petit Paul, portant la statue, et accompagné de deux enfants de chœur qui jetaient des fleurs sur leur passage. Venaient ensuite les deux Pères, l’un en chape et l’autre en surplis. Enfin la marche était fermée par les chefs et tous les membres de la peuplade, rivalisant d’ardeur à payer leur tribut de remerciements et de louanges à la bonne Mère. Arrivés à l’endroit, l’un des Pères, dans une courte exhortation. où il rappelait le prodige et l’assistance signalée de la Reine des deux, ranima dans le cœur de nos chers néophytes la confiance dans la protection de Marie. Après cette allocution et le chant des litanies de la sainte Vierge, tout le cortége revint à l’église dans le même ordre. Oh! que nous eussions désiré que tous les amis de notre sainte religion fussent témoins de la dévotion et du recueillement des nouveaux fidèles de Sainte-Marie!... Nous aurions aussi souhaité de ne les renvoyer qu’après leur avoir donné la bénédiction du Saint-Sacrement; mais, faute d’ostensoir, nous fûmes obligés de différer cette faveur jusqu’à la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Alors le Saint-Sacrement a été porté en procession solennelle; et depuis, chaque dimanche après vêpres, les fidèles ont le bonheur de recevoir la bénédiction. Puisse-t-elle réellement descendre du ciel sur nous et sur notre peuplade! Nous l’attendons avec le secours de vos prières et de celles de tous nos amis.

Grégoire Mengarini, S. J.

PRIÈRES
EN LANGUE TÊTE-PLATE ET PONDÉRAS

Skest Kyleeyou,Oulsgesees,Oulspagpagt.Komieetzegeel.
Au nom du Père,et du Fils,et du Saint-Esprit.Ainsi soit-il.