Les Serpents croient que le Grand-Esprit réside particulièrement dans le soleil, le feu et la terre. Lorsqu’ils font une promesse solennelle, ils prennent le soleil, le feu et la terre à témoin de l’obligation qu’ils contractent. Lorsqu’un chef ou un brave de la nation meurt, ses femmes, ses enfants et ses plus proches parents se coupent les cheveux; c’est leur grand deuil. Ils rasent même les crinières et les queues à tous les chevaux que le défunt possédait, ce qui donne à ces pauvres animaux un air bien triste. Ils font ensuite au milieu de sa loge un tas de tout son butin, coupent en petits bouts les perches qui la supportent, et brûlent tout son avoir à la fois. Le cadavre est garrotté sur son coursier favori et conduit sur le bord de la rivière voisine. Là, les guerriers poursuivent l’animal, et le cernent de près en jetant des cris si affreux, qu’ils le forcent à s’élancer dans le courant avec le corps de son maître. Alors, redoublant leurs cris, ils recommandent au cheval de transporter sans délai son maître au pays des âmes. Ce n’est pas tout; pour témoigner leur douleur, ils se font des incisions sur toutes les parties charnues du corps; et plus l’attachement au défunt est grand, plus les incisions qu’ils se font sont profondes. On m’a assuré qu’ils prétendent que la douleur s’échappe par ces plaies. Croiriez-vous que ces mêmes gens, si sensibles à la mort d’un parent, ont, comme les Scioux, les Pawnées et la plupart des nations nomades, la coutume barbare d’abandonner sans pitié aux bêtes féroces du désert les vieillards et les malades, dès qu’ils commencent à leur causer de l’embarras dans leurs expéditions de chasse.
Tandis que je me trouvais dans leur camp, les Serpents se préparaient à une expédition contre les Pieds-noirs. Aussitôt que le chef eut annoncé à tous les jeunes guerriers sa résolution de porter la guerre sur les terres de l’ennemi, tous ceux qui se proposaient de le suivre préparèrent leurs munitions, souliers, arcs et flèches. La veille du départ, le chef, à la tête de ses soldats, fit sa danse d’adieu à chaque loge; partout il reçut un morceau de tabac ou quelque autre présent. Si dans ces expéditions ils font des femmes prisonnières, ils les emmènent au camp, et les livrent à leurs femmes, mères et sœurs. Celles-ci les assomment aussitôt à coups de hache et de couteau, vomissant contre ces pauvres malheureuses, dans leur rage effrénée, les paroles les plus accablantes et les plus outrageantes. «Chiennes de Pieds-noirs! s’écrient-elles; ah! si nous pouvions aujourd’hui dévorer les cœurs de tous vos enfants et nous baigner dans le sang de votre maudite nation!»
Les Jouts, une tribu des Serpents, brûlent les corps de leurs parents avec les meilleurs chevaux que possédait le défunt. Le cadavre, avec les chevaux égorgés, est placé sur un grand tas de bois sec. Quand la fumée s’élève en tourbillons, ils croient que l’âme du sauvage s’envole vers la région des esprits, emportée par ses fidèles coursiers; et pour exciter ceux-ci à un plus rapide essor, ils poussent tous à la fois des hurlements affreux.
Les Sampectches, les Pagouts et les Ampayouts sont les plus proches voisins des Serpents. Il n’y a peut-être pas dans tout l’univers un peuple plus misérable, plus dégradé et plus pauvre. Les Français les appellent communément les Dignes-de-pitié, et ce nom leur convient à merveille. Le pays qu’ils habitent est une véritable bruyère. Ils logent dans les crevasses des rochers ou dans des trous creusés en terre; ils n’ont pas d’habillements; pour toute arme, un arc, des flèches et un bâton pointu; ils parcourent les plaines incultes à la recherche des fourmis et des sauterelles, dont ils se nourrissent, et ils croient faire un festin quand ils rencontrent quelques racines insipides ou quelques graines nauséabondes. Des personnes respectables et dignes de foi m’ont assuré qu’ils se repaissent des cadavres de leurs proches et qu’ils mangent même quelquefois leurs propres enfants. On ne connaît pas leur nombre, car ils ne sont guère que deux, trois ou quatre ensemble. Ils sont si timides qu’un étranger aurait bien de la peine à les aborder. Dès qu’ils en aperçoivent un, soit blanc, soit sauvage, ils donnent l’alarme en faisant un boucan (fumée de bois); un instant après, le même signal se multiplie dans tous les endroits où ils se trouvent. On en a compté plus de quatre cents à la fois qui, à ce signal, couraient se cacher dans des roches inaccessibles; ce qui fait présumer qu’ils sont très-nombreux. Lorsqu’ils vont à la recherche des racines et des fourmis, ils cachent leurs petits enfants dans les herbes ou dans les trous des rochers. Quelques-uns, de temps en temps, se hasardent à quitter leurs cachettes, viennent trouver les blancs, et leur vendent leurs enfants pour des bagatelles. Les Espagnols de la Californie font quelquefois des incursions dans leur pays pour leur enlever leurs enfants. On m’a assuré qu’ils les traitent avec humanité, qu’ils les instruisent dans la religion, et que, lorsqu’ils sont parvenus à un certain âge, ils leur accordent la liberté, ou les retiennent dans une espèce d’esclavage en leur confiant la garde de leurs chevaux ou en les faisant travailler dans leurs fermes. J’ai eu la consolation de baptiser plusieurs de ces êtres malheureux; eux aussi m’ont raconté les circonstances que je vous rapporte. Il serait facile de trouver des guides parmi les nouveaux convertis; par ce moyen on pourrait s’introduire chez ces pauvres abandonnés, leur apprendre la nouvelle consolante de l’Evangile, et rendre leur sort, sinon plus heureux sur la terre, au moins meilleur par l’espérance d’un avenir de bonheur éternel. Si Dieu m’accorde la grâce de retourner aux Montagnes, et que mes supérieurs me le permettent, je me dévouerai avec bonheur à la conversion de ces hommes misérables et vraiment dignes de pitié.
Le pays des Utaws est situé à l’est et au sud-est de celui des Soshonies, aux sources du Rio-Colorado; ils sont environ quatre mille. Ils paraissent doux et affables, très-polis et hospitaliers pour les étrangers, et charitables entre eux. Ils subsistent de la chasse, de la pêche, de fruits et de racines, productions spontanées de leur territoire. Leur habillement n’a rien d’extraordinaire; ils sont d’une grande simplicité dans leurs mœurs. Le pays est chaud, le climat favorable, et la terre très-propre à la culture.
En s’avançant vers le nord, on trouve les Nez-percés; leur pays a des endroits très-fertiles et propres à la culture; il y a aussi de riches et vastes pâturages. Ces sauvages possèdent un grand nombre de chevaux; quelques-uns en ont jusqu’à cinq ou six cents. La nation des Nez-percés compte à peu près deux mille cinq cents habitants. Quoiqu’ils aient des ministres protestants, sur les rapports qu’eux-mêmes m’en ont faits, et d’après les entretiens que j’ai eus avec plusieurs de leurs chefs, ils seraient charmés d’avoir des missionnaires catholiques parmi eux.
A l’ouest des Nez-percés sont les Kayuses, sauvages honnêtes, pacifiques et hospitaliers. Ils sont au delà de deux mille. Leur richesse, comme celle des Nez-percés, consiste en chevaux, mais de la plus belle race des montagnes. Une grande partie de leur territoire est très-fertile, et produit dans une grande abondance une certaine racine appelée la kammache, dont ils font du pain et qui, avec le poisson et le gibier, forme leur nourriture habituelle.
Les Walla-walla habitent, sur la rivière du même nom, l’un des tributaires de la Colombie, et leur pays s’étend aussi le long de ce fleuve. Ils sont environ cinq cents. Leur caractère, leurs mœurs et leurs habitudes ne diffèrent point de ceux des sauvages que je viens de nommer.
La tribu Paloose appartient à la nation des Nez-percés, et leur ressemble sous tous les rapports. Elle habite les bords des deux rivières des Nez-percés et du Pavillon. Ils ne sont guère que trois cents.
Les quatre nations que je viens de citer parlent la même langue avec une légère différence de dialecte.