Tristano Calchi [603], l'un de ses élèves, fut chargé de continuer son Histoire des Visconti. En examinant de près l'ouvrage de son maître, il en découvrit facilement les erreurs; il voulut d'abord les corriger, mais leur nombre et leur gravité le détournèrent de ce projet; il aima mieux faire un nouvel ouvrage, rendre l'histoire plus générale, et la recommencer depuis la fondation de Milan. Il la conduisit jusqu'à l'an 1323. C'est une des meilleures productions de ce temps. La critique y est beaucoup plus exacte; le style a l'élégance et la gravité convenables. Il est singulier qu'elle n'ait été publiée que dans le dix-septième siècle [604], plus de cent ans après la mort de l'auteur.

[Note 603: ][ (retour) ] Né à Milan, vers l'an 1462. Tiraboschi, ub. supr., p. 78.

[Note 604: ][ (retour) ] Les vingt premiers livres à Milan, en 1628, et les deux derniers en 1643, avec quelques Opucules historiques du même auteur.

Toutes ces histoires étaient écrites en latin. Il semblait que l'Italie, reculant vers l'antiquité, à mesure qu'elle en retrouvait les monuments, fût redevenue toute latine. Parmi les historiens de Milan, il y en eut cependant un qui voulut que les annales de sa patrie fussent écrites en langue italienne. Bernardino Corio, d'une famille noble et ancienne, né en 1459 [605], était à quinze ans chambellan du duc Galéaz-Marie, fils et successeur de François Sforce. Il n'en avait que vingt-cinq lorsqu'il commença son histoire, par ordre de Louis le Maure, qui lui assigna, pour cet ouvrage, un traitement annuel. Il le finit en 1503, et le publia la même année. Cette première édition de l'histoire de Corio, qui a été suivie de plusieurs autres, est d'une magnificence remarquable. Paul Jove prétend, mais sans preuve, et même sans vraisemblance, que l'auteur la fit à ses frais, et que sa fortune en souffrit. Le style n'en est pas excellent. La phrase italienne s'y rapproche trop de la phrase latine; on ne dirait pas, en le lisant, que Boccace et Villani avaient écrit en italien plus d'un siècle auparavant. Quant aux faits, l'auteur adopte sans critique, dans le récit des premiers temps, les fables des vieilles chroniques; mais quand il arrive aux temps modernes, il fait un meilleur usage des renseignements puisés dans les archives publiques, qui lui furent ouvertes. Il est alors écrivain très-exact, minutieux à l'excès, mais d'autant plus digne de foi, qu'il insère souvent dans son histoire, des titres originaux et des monuments authentiques.

[Note 605: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 75.

On sent, au reste, avec quelles précautions il faut lire cette Histoire de Milan, écrite d'après les ordres, et payée des bienfaits de Louis le Maure. C'est avec une défiance égale qu'on doit lire quelques histoires dont j'ai déjà parlé, qui ont pour héros les rois de Naples de la dynastie d'Aragon, et qui furent écrites sous le règne du roi Alphonse, ou de son fils. Ainsi le livre du Panormita sur les dits et les faits de cet Alphonse [606], celui de Laurent Valla sur les exploits de son père Ferdinand Ier. [607], l'histoire que Bartolomeo Fazio avait écrite auparavant, en dix livres, des faits de ce même roi Ferdinand [608], exigent qu'on ne perde pas de vue la position de leurs auteurs, et leurs fonctions, ou au moins leur séjour et leur existence honorable à la cour de Naples.

[Note 606: ][ (retour) ] De Dictis et Factis Alphonsi regis, lib. IV.

[Note 607: ][ (retour) ] Voy. ci-dessus, p. 354.

[Note 608: ][ (retour) ] Imprimée pour la première fois à Lyon en 1560, sous ce titre: De Rebus gestis ab Alphonso primo Neapolitanorum rege Commentariorum, lib. X, in-4.

Bartolomeo Fazio était né à la Spezia, auprès de Gênes. Il était élève de Guarino de Vérone. On ne sait à quelle époque ni pour quel motif il fut appelé à Naples par le roi Alphonse; il y passa le reste de sa vie, et mourut en 1457 [609]. Fazio fut un des plus violents ennemis de Laurent Valla; il l'attaqua même le premier: Valla, en pareille occasion, ne tardait jamais à répondre; quatre invectives de l'un et quatre de l'autre, suffirent à peine à leur colère. Celles de Laurent Valla existent dans le recueil de ses Œuvres [610]; on n'a imprimé qu'incomplètement et par fragments les Invectives de Fazio. Outre son Histoire du roi Ferdinand, on a de lui celle de la guerre qui éclata, en 1377, entre les Vénitiens et les Génois [611]; quelques Opuscules de philosophie morale, et un livre des Hommes illustres, intéressant pour l'histoire littéraire, qui n'a été publié que dans le siècle dernier [612]. Fazio y raconte brièvement la vie des hommes les plus célèbres de son temps, rappelle leurs principaux ouvrages, en indique les beautés et les défauts, et se montre, en général, juge équitable, critique impartial et éclairé.