Pour revenir aux historiens de Naples, ce royaume en eut alors un en langue italienne, comme le duché de Milan. Les autres auteurs ne s'étaient attachés qu'aux actions de quelques rois; Pandolphe Collenuccio embrassa l'histoire générale de Naples, depuis les temps les plus reculés jusqu'à son temps. Il la dédia à Hercule Ier., duc de Ferrare, qui avait été élevé à la cour du roi Alphonse. Elle fut ensuite traduite en latin, et a été réimprimée plusieurs fois dans les deux langues. Né à Pesaro, il s'y retira dans sa vieillesse, et crut y trouver le repos après une vie laborieuse et agitée. Une mort funeste l'y attendait. L'an 1500, il entra dans un complot tendant à livrer la ville au duc de Valentinois, comme on l'appelle en France, c'est-à-dire, à l'infame César Borgia, qui en effet s'en rendit maître. Jean Sforce, seigneur de Pesaro, après avoir donné au malheureux Collenuccio l'espérance du pardon de son crime, le fit étrangler en prison [618].
[Note 618: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 84.
On voit que, de tant d'historiens qui fleurirent alors en Italie, Collenuccio et Corio furent les seuls qui écrivissent en italien, quoique, dans le siècle précédent, Villani en eût donné un bel exemple. De même parmi les poëtes, un très-grand nombre crut ne pouvoir versifier qu'en latin, soit que leurs études leur eussent fait regarder cette langue comme la leur propre, soit que, malgré la réputation des deux grands poëtes du quatorzième siècle, l'oubli dans lequel sembla tomber la langue italienne dès le quinzième, leur persuadât qu'elle serait éphémère comme le provençal, et qu'il n'y avait de durable que le latin. Je ne répéterai point ici tous les noms consignés dans de volumineuses histoires, et de la littérature et de la poésie, où l'on s'est piqué de tout recueillir [619]. Je ne parlerai que des poëtes latins dont on peut lire les ouvrages, et de ceux qui ont conservé plus ou moins de renommée par quelque circonstance particulière, ou quelque singularité.
[Note 619: ][ (retour) ] Tiraboschi, Stor. della Letter. ital; le Quadrio, Storia e Ragione d'ogni posia; Fabricius, Biblioteca mediæ et infiæœ ætatis.
Parmi les noms de plusieurs poëtes célèbres de leur vivant, mais à peine connus aujourd'hui, se trouve celui de Maffeo Vegio, né à Lodi en 1406 [620], dont la réputation s'est mieux conservée. Il ne se borna pas à suivre son goût pour les vers, il étudia la jurisprudence pour complaire à son père, et, après avoir été professeur de Poésie dans l'université de Pavie, il le fut aussi de Droit. Ayant été appelé à Rome, il fut secrétaire des brefs sous Eugène IV, Nicolas V et Pie II, et y mourut en 1458. Outre un assez grand nombre d'ouvrages en prose, presque tous ascétiques ou moraux, on a de lui un Poëme sur la mort d'Astyanax, quatre livres sur l'expédition des Argonautes, quatre sur la vie de S. Antoine abbé, et plusieurs autres poésies sur différents sujets, où l'on trouve plus d'abondance que de force, et plus de facilité que d'élégance [621]. Ce qui est plus remarquable, c'est que, s'étant imaginé que l'Énéide était un poëme imparfait et sans dénouement, il crut y devoir ajouter un treizième livre. L'Énéide s'était fort bien passée jusqu'alors de ce supplément, et s'en passe encore tout aussi bien depuis; on le trouve cependant à la fin du poëme, dans plusieurs éditions faites en Italie et même en France [622]. J'ajouterai que s'il a eu les honneurs de la traduction en vers italiens [623], il les a eus aussi en vers français [624].
[Note 620: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 199.
[Note 621: ][ (retour) ] Elles ont été imprimées en un seul volume, Milan, 1597, in-fol.
[Note 622: ][ (retour) ] Paris, 1507, in-fol.; Lyon, 1517, in-fol.
[Note 623: ][ (retour) ] En vers libres ou sciolti; Milan, 1600, in-4.
[Note 624: ][ (retour) ] Par Pierre de Mouchault. Cette traduction est imprimée avec le texte latin, à la fin de la traduction complète de Virgile des deux frères d'Agneaux (Robert et Antoine le Chevalier), Paris, 1607, in-fol.