Un autre poëte moins connu peut-être, mais qui mériterait de l'être davantage, est Basinio ou Basin de Parme. Né dans cette ville, vers l'an 1421 [625], il eut pour maîtres Victorin de Feltro à Mantoue, ensuite Théodore Gaza et Guarino à Ferrare, où il devint lui-même professeur. De Ferrare il se rendit à la cour de Sigismond Pandolphe Malatesta, seigneur de Rimini; il y passa le peu d'années qu'il eut à vivre, et mourut à trente-six ans, en 1457. Il n'avait pas encore fini ses études lorsqu'il composa un poëme latin, en trois livres, sur la mort de Méléagre, conservé en manuscrit dans les bibliothèques de Modène, de Florence et de Parme. On possède aussi dans cette dernière une belle copie d'un recueil qui a été imprimé en France, et auquel Basinio semble avoir eu plus de part qu'on ne le croit communément. Voici ce que c'est que ce recueil. Le seigneur de Rimini avait eu d'abord pour maîtresse, et prit ensuite pour femme, la belle Isotte degli Atti. Si l'on en croit les poëtes de son temps, elle avait autant d'esprit et de talents que de beauté; c'était en poésie une autre Sapho; mais ils disent aussi qu'elle était en vertu et en sagesse une autre Pénélope, et le premier rôle qu'elle avait joué auprès de Sigismond Malatesta, nous apprend à juger de l'une de ces comparaisons par l'autre. Trois poëtes surtout, apparemment les mieux traités à sa cour, la comblèrent d'éloges; Basinio est l'un des trois. Le recueil de leurs vers, imprimé à Paris en 1549 [626], ne met point de différence entre eux; mais dans la copie conservée à Parme, et qui porte le titre d'Isottœus, copie faite en 1455, du vivant de Basinio, presque tous les morceaux qui en composent les trois livres, lui sont attribués. La même bibliothèque a encore de lui un grand poëme en treize livres, intitulé Hespéridos; un autre, en deux livres seulement, sur l'Astronomie; un troisième, aussi en deux livres, sur la Conquête des Argonautes; un poëme, sous le titre d'Épître sur la Guerre d'Ascoli, entre Sigismond Malatesta et François Sforce, et plusieurs autres ouvrages inédits du même auteur [627]. Cette négligence à imprimer les Œuvres de Basin est surprenante dans une ville où il y a des presses célèbres, et qui doit d'autant plus s'honorer d'avoir été la patrie de ce poëte, qu'à en juger par le peu qui a été publié de lui, il écrivit en meilleur style que la plupart des autres poëtes de ce temps.
[Note 625: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 201.
[Note 626: ][ (retour) ] Trium poetarum elegantissimorum, Porcelii, Basinii, et Trebanii Opuscula nunc primum edita., Paris, Christophe Preudhomme, 1549. Dans cette édition, le recueil est divisé en cinq livres; le premier est intitulé, de Amore Jovis in Isottam; les quatre autres sont aussi à la louange d'Isotte.
[Note 627: ][ (retour) ] Tiraboschi, loc. cit.
Leonardo Griffi de Milan, archevêque de Bénévent, mort en 1485, a laissé, outre beaucoup de poésies manuscrites [628], un poëme sur la Défaite de Braccio de Pérouse, imprimé dans le grand recueil de Muratori [629], et qui se fait distinguer, parmi les poésies de ce siècle, par la vivacité des images et par l'harmonie des vers. Ugolino Verini, Florentin, grand ami de Marsile Ficin, et plutôt poëte fécond que grand poëte [630], écrivit, entre autres ouvrages, un poëme sur l'Embellissement de Florence [631], et la Vie du Roi Mathias Corvin [632], qui ont été imprimés [633]. Je ne sais si cette Vie peut faire autorité dans l'histoire; mais le premier poëme en est une souvent citée pour tout ce qui regarde les monuments élevés à Florence par Cosme et Laurent de Médicis. Verini eut un fils nommé Michel, dont on a imprimé des Distiques sur les Mœurs des Enfants [634], composés dans cet âge même qu'il s'y proposait d'instruire. Les auteurs de ce temps font de lui de grands éloges qu'il paraît avoir mérités par ses talents précoces, et par l'intacte pureté de ses mœurs. Il la poussa si loin, qu'il aima mieux mourir, dit-on, à dix-huit ans, que d'y porter atteinte; espèce de martyre assez rare parmi les jeunes gens, et auquel les jeunes poëtes s'exposent peut-être encore moins que les autres.
[Note 628: ][ (retour) ] Conservées dans la bibliothèque Ambroisienne. Tiraboschi, ub. supr., p. 205.
[Note 629: ][ (retour) ] Script. Rer. ital., vol. XXV.
[Note 630: ][ (retour) ] Mort à soixante-quinze ans, vers la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième. Negri, Fiorentini Scritt., p. 320.
[Note 631: ][ (retour) ] Tres libri de illustratione Florentiæ carminibus conscripti, Paris, Robert-Estienne, 1588, in-8.
[Note 632: ][ (retour) ] Triumphus et Vita Matthiæ Pannoniæ regis, Lyon, 1679, in-12.