[Note 799: ][ (retour) ] Papadopoli, Hist. Gymn. Palav., vol. I, p. 212.
[Note 800: ][ (retour) ] Entre autres, Un Répertoire ou Lexique du Droit, Repertorium vel Lexicon juridicum, Milan, 1481, et deux autres Répertoires, sur les Œuvres de Barthole, et sur les Œuvres de Balde, qui ont aussi été imprimés depuis.
Mais aucun de ces jurisconsultes n'eut alors une réputation si grande et si universelle que François Accolti d'Arezzo, ville féconde en hommes illustres, qui se firent gloire de substituer à leur nom celui d'Aretino, se trouvant plus honorés de leur patrie que de leur famille. Ce qu'un Azzon avait été au treizième, et un Barthole au quatorzième siècle, François Accolti le fut au quinzième [801]. Il professa avec le plus grand éclat dans les Universités de Ferrare, de Sienne, de Milan, de Pise; fut dans une haute faveur auprès du marquis Borso d'Este, et du duc François Sforce; laissa un grand nombre d'ouvrages, consultations et commentaires sur les Décrétales, livres sur les lois romaines, traités sur différentes matières de droit et de jurisprudence; et de plus fut un savant helléniste, et traduisit, du grec en latin, plusieurs homélies de S. Jean Chrysostôme, les lettres attribuées à Phalaris, et celles qu'on attribue aussi à Diogène le Cynique. Quelques critiques avaient imaginé un autre François d'Arezzo, à qui ils donnaient ces productions littéraires, réimprimées plusieurs fois, pour en dépouiller notre jurisconsulte; mais Mazachelli et Tiraboschi lui en ont restitué toute la gloire. Il eut aussi celle de faire des vers et de fournir une preuve de plus que ce talent peut s'allier avec des études graves et des emplois importants.
[Note 801: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 394.
Dans la foule de ces légistes alors fameux, on remarque un Barthélemy Cipolla, Véronais, auteur, entre autres ouvrages imprimés, d'un Traité des Servitudes des Maisons de Ville et de Campagne [802]; et plus encore un Pierre Tommai de Ravenne, non pas tant peut-être à cause de son profond savoir et de ses gros livres sur une science aujourd'hui peu en crédit parmi nous, que pour sa mémoire prodigieuse qui le rend une espèce de phénomène, bon à observer dans tous les pays et dans tous les siècles. À vingt ans, il savait par cœur tout le code [803]; on lui indiquait une loi, il récitait sur-le-champ les sommaires qu'en avait faits Barthole, et quelques passages du texte. Il examinait les opinions de différents docteurs sur cette loi, proposait et résolvait toutes les difficultés. Il retenait les leçons entières de son professeur, les écrivait mot pour mot, ou bien, au moment où elles finissaient, il les récitait devant un grand nombre d'écoliers, en remontant depuis les dernières paroles jusqu'au premières. Il les mettait en vers et les répétait sur-le-champ. Un prédicateur avait cité dans un seul sermon, cent quatre-vingts textes d'auteurs qui prouvaient l'immortalité de l'ame; le jeune Tommai les répéta tous devant lui. Il retenait des sermons entiers, et les portait tout écrits au prédicateur. Il lisait rapidement une seule fois une longue suite de noms propres, et les répétait aussitôt dans le même ordre. Mais voici quelque chose de plus fort: il jouait aux échecs, un autre jouait aux dés, un troisième écrivait les nombres que les dés marquaient à chaque coup; Tommai dictait en même temps deux lettres différentes, dont on lui avait prescrit le sujet: le jeu fini, il répétait tous les mouvements qu'avaient faits les échecs, tous les nombres formés par les dés, et toutes les paroles de ses deux lettres, en commençant par la fin.
[Note 802: ][ (retour) ] De Servitutibus urbanorum et rusticorum prœdiorum.
[Note 803: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 411.
Il attribuait ces prodiges à un art particulier de classer dans son esprit les mots et les choses; il voulut communiquer au public ce secret merveilleux, dans un livre qu'il fit imprimer à Venise, en 1491, sous le titre du Phœnix [804], livre qui a été réimprimé plusieurs fois, et qui pourtant est fort rare. Fabricius, qui l'avait vu, dit dans sa Bibliothèque de la moyenne et basse latinité [805], qu'il l'a trouvé si obscur, qu'il aimait mieux se passer toute sa vie de ce talent, que de s'engager avec l'auteur dans des méthodes si compliquées et si difficiles à saisir. C'est ce Pierre Tommai, communément désigné sous le nom de Pierre de Ravenne, qui fit admirer sa science dans une partie de l'Allemagne, à la fin du quinzième siècle [806]. Le duc de Poméranie, Bogislas, revenant d'un pélerinage en Palestine, séjourna quelque temps à Venise. Son Université de Gripswald était tombée en décadence; il voulut emmener avec lui un savant qui pût la relever. Il choisit Pierre de Ravenne parmi tous ceux qui florissaient alors à Padoue et à Venise, obtint quoique avec peine son congé du doge, et partit avec le professeur, sa femme et ses enfants. Tous ceux de ses élèves qui étaient Allemands voulurent le suivre. En arrivant à Gripswald, il fut reçu avec les plus grands honneurs. Il y professa quelques années; mais, ayant perdu tous ses enfants à l'exception d'un seul, il voulut retourner en Italie, et n'y put jamais arriver. On le voit successivement arrêté par le duc de Saxe et par d'autres souverains, et dans une extrême vieillesse obtenant les mêmes succès, jouissant partout des mêmes honneurs. On perd enfin ses traces, et l'on ne fait plus que des conjectures sur le temps et le lieu de sa mort. Cela importe assez peu; mais il n'est pas sans intérêt de voir un savant Italien aller, quoique chargé d'années, répandre, vers le Nord, les bienfaits de la science, il peut aussi n'être pas inutile de voir encore un exemple de ce que deviennent souvent au bout de trois ou quatre siècles, les succès les plus étendus et les renommées les plus brillantes.
[Note 804: ][ (retour) ] Phœnix, sive ad artificialem memoriam comparandam brevis quidem et facilis, sed re ipsâ et usu comprobatâ introductio.
[Note 805: ][ (retour) ] Vol. VI, p. 58.