Ses principaux ouvrages consistent en traductions latines des auteurs grecs; celles de plusieurs Vies de Plutarque, de quelques-unes de ses œuvres morales, et surtout de la Géographie de Strabon [359], sont les principales. Il ajouta aux Vies traduites de Pétrarque, la Vie d'Aristote et celle de Platon. Il composa de plus une grammaire grecque [360] et une grammaire latine [361], des commentaires sur plusieurs auteurs des deux langues [362], plusieurs discours latins prononcés à Vérone, à Ferrare et ailleurs, quelques poésies latines et un grand nombre de lettres qui n'ont point été imprimées [363]. C'est lui qui retrouva le premier les poésies de Catulle, couvertes de poussière dans un grenier, et presque détruites [364]. Il les restaura, les corrigea, les mit en état d'être lues et entendues, à l'exception d'un petit nombre de vers où le temps avait tellement imprimé ses traces, que ni Guarino, ni aucun autre depuis, n'ont pu les effacer entièrement.

[Note 359: ][ (retour) ] Il ne traduisit d'abord que les dix premiers livres, par ordre du pape Nicolas V; Grégoire de Tyferne traduisit les sept autres, et c'est dans cet état qu'ils ont été imprimés pour la première fois à Rome, vers 1470, in-fol., par les soins de Jean André, évêque d'Aleria; mais, à la demande du sénateur vénitien Marcello, Guarino traduisit aussi dans la suite ces sept derniers, et on les garde manuscrits dans plusieurs bibliothèques, à Venise, à Modène, etc. Mafféi, Verona illustrata, t. II, p. 145, cite un manuscrit original des dix-sept livres, écrit tout entier de la main même de Guarino, et qui était alors à Venise, dans la bibliothèque du sénateur Soranzo.

[Note 360: ][ (retour) ] Emmanuelis Chrysoloræ erotemata linguæ græcæ, in compendium redacta, à Guarino Veronensi, etc. Ferrariæ, 1509, in-8. Ce n'est, comme on voit, qu'un abrégé de la Grammaire de Chrysoloras, mais avec des additions et des notes de Guarino. Ce livre est devenu fort rare.

[Note 361: ][ (retour) ] Grammaticæ institutiones, per Bartholomœum Philalethem, sans date et sans nom de lieu, mais à Vérone, 1487, et réimprimée en 1540; premier modèle, selon Mafféi (ub. sup. p. 149) de toutes celles qu'on a faites depuis. Il faut ajouter quelques opuscules, Carmina differentiala. Liber de Diphtongis, etc.

[Note 362: ][ (retour) ] Entre autres sur quelques oraisons de Cicéron et sur Perse.

[Note 363: ][ (retour) ] Voyez-en la notice dans Mafféi, ub. supr., p. 150.

[Note 364: ][ (retour) ] Sur ce manuscrit de Catulle, et sur une épigramme latine qui indique le lieu où il fut trouvé, et qui est attribuée à Guarino, voy. Apostolo Zeno, Dissertaz. Voss., t. I, p. 223.

Il y a peu de proportion entre ces travaux de Guarino et l'immense réputation dont il a joui dans son siècle, et même dans les âges suivants; mais le grand bien qu'il fit aux lettres, et qui justifie cette renommée, fut dans le nombre presque infini de disciples qu'il forma pendant sa longue carrière, et auxquels il inspira le goût des bonnes études et de la littérature ancienne. C'est surtout comme l'un des plus zélés restaurateurs de cette littérature et de ces études qu'il mérite les grands éloges que lui donnèrent plusieurs écrivains de son temps. Une des qualités qu'ils louent le plus en lui, est l'activité prodigieuse qu'il conserva jusque dans ses dernières années. «Deux choses, dit l'un d'eux [365], décorent la vieillesse de notre Guarino, qui a décoré l'Italie entière en y ranimant l'étude des belles-lettres; c'est une mémoire incroyable et une infatigable application à la lecture. À peine il mange, à peine il dort, à peine il sort de chez lui, et cependant ses membres et ses sens conservent toute la vigueur de la jeunesse.» Cet homme laborieux eut, de la même femme, douze enfants au moins. Deux de ses fils suivirent ses traces. Jérôme, ou Girolamo fut secrétaire d'Alphonse, roi de Naples. Baptiste, plus connu, fut professeur de littérature grecque et latine à Ferrare, comme son père. Il eut, comme lui, de savants et illustres élèves, entre autres Giglia Giraldi et Alde Manuce. Il laissa des poésies latines qui sont imprimées [366]; un Traité des études [367] qui l'est aussi, sans compter un grand nombre d'Opuscules, de Traductions du grec, de Discours et de Lettres, restés inédits. C'est à lui que l'on dut la première édition des Commentaires de Servius sur Virgile [368]; il travailla beaucoup et avec fruit à corriger et à expliquer Catulle, qu'avait retrouvé son père [369]; les auteurs contemporains mettent presque de pair le père et le fils dans leurs éloges, et en considérant cette continuité de services, d'enseignement et de travaux, les amis des lettres ne doivent point les séparer dans leur reconnaissance.

[Note 365: ][ (retour) ] Timothée Mafféi, cité par Apost. Zono. ub. sup. p. 221, col. 2.

[Note 366: ][ (retour) ] Baptistœ Guarini Veronensis poemata latina, Modène, 1496.