[Note 404: ][ (retour) ] De utroque homine, ou de opificio hominis.
[Note 405: ][ (retour) ] Lettre publiée par Muratori, Script. Rer. ital., vol. XX, p. 160.
Encouragé par ses illustres amis, Leonardo Bruni, Ambrogio Traversari, Niccolo Niccoli, Francesco Barbaro, noble vénitien, l'un des plus zélés promoteurs de tout ce qui pouvait être avantageux aux lettres, Poggio continua de voyager en Allemagne et en France, recherchant les anciens manuscrits dans les réduits secrets des couvents de ces deux contrées. Dans l'un de ces voyages, il découvrit à Langres, chez les moines de Clugny, l'Oraison de Cicéron pour Cæcina, qu'il se hâta de transcrire et d'envoyer à ses amis. L'Orateur romain lui eut d'autres obligations: c'est lui qui, dans différentes courses et à diverses époques de sa vie, retrouva les deux Discours sur la Loi Agraire contre Rullus, le Discours au peuple contre cette loi, le Discours contre Lucius Pison, et plusieurs autres. C'est encore à son activité infatigable qu'on doit le poëme de Silius Italicus, celui de Manilius, la plus grande partie de Lucrèce, les Bucoliques de Calpurnius, un livre de Pétrone, Ammien Marcellin, Végèce, Julius Frontin sur les Aqueducs, huit livres des Mathématiques de Firmicus, qui étaient ensevelis et ignorés dans les archives des moines du Mont-Cassin, Nonius Marcellus, Columelle, et quelques auteurs moins importants, mais dont il est cependant heureux qu'il ait pu prévenir la perte. On ne possédait alors que huit comédies de Plaute: un certain Nicolas de Trêves, que Poggio employait à ces recherches dans les lieux où il ne pouvait aller en personne, fit l'heureuse découverte des douze autres.
La déposition d'un pape ne fut pas le seul spectacle qui lui fut offert dans le concile de Constance: il y vit aussi brûler vifs Jean Hus et Jérôme de Prague. Il assista même au procès de ce dernier; et la manière dont il en rend compte dans une lettre à Leonardo Bruni [406], l'admiration qu'il témoigne pour l'éloquence de cet infortuné réformateur, le soin qu'il prend de rapporter ses arguments et ses réponses, de peindre sa constance intrépide et calme, au milieu des injures et des anathêmes dont il était souvent assailli, et la fermeté stoïque qu'il montra sur le bûcher, dont la fumée et les flammes purent seules interrompre l'hymne qu'il entonnait d'une voix sonore; tout cela prouve un esprit philosophique et tolérant, ennemi de ces exécrables barbaries, et aussi supérieur à ceux qui les exerçaient par ses sentiments d'humanité que par ses talents et ses lumières. Il compare le courage de Jérôme de Prague à celui de Mutius Scévola, et sa patience à celle de Socrate. Il n'oublie pas de citer l'apologie que Jérôme fit de Jean Hus, qui l'avait précédé sur le bûcher, ni de rapporter la partie de cette apologie qui jetait sur le luxe, la corruption et tous les abus scandaleux introduits à la cour de Rome, le jour le plus odieux. Le politique Leonardo, effrayé pour son ami de voir qu'il eût écrit une pareille lettre, et peut-être encore plus pour lui-même de l'avoir reçue, le blâma dans sa réponse d'avoir tant exalté le mérite d'un hérétique, et d'avoir montré une sorte d'attachement pour sa cause. Il l'avertit, lorsqu'il écrirait sur de pareils sujets, de le faire avec plus de réserve [407].
[Note 406: ][ (retour) ] Voyez cette lettre, Poggii Opera, p. 301-305.
[Note 407: ][ (retour) ] Leonardi Aret. Epist., l. IV, ep. 10.
Ce concile fini, Poggio se rendit à Mantoue, à la suite du nouveau pape Martin V; et c'est de là qu'il partit subitement pour l'Angleterre. On ignore les motifs de ce voyage. Peut-être n'était-ce que le dégoût de voir toutes ses espérances trompées; peut-être aussi la liberté de ses sentiments sur les affaires ecclésiastiques l'avait-elle exposé à quelques-uns des dangers que le prudent Leonardo avait craints pour lui. Cette dernière supposition serait appuyée par la précipitation avec laquelle il quitta Mantoue. Il n'eut même pas le temps de prendre congé de ses plus intimes amis [408]. Il avait sans doute rencontré au concile de Constance l'ambitieux évêque de Winchester, si connu depuis sous le nom de cardinal Beaufort [409], et qui visita ce concile en allant en pélerinage à Jérusalem; c'était Beaufort qui l'avait invité à choisir l'Angleterre pour retraite, et à y fixer son séjour. Il lui avait fait les plus magnifiques promesses; mais Poggio fut à peine arrivé à Londres, qu'il reconnut la vanité de ses espérances; dégoûté des embarras de toute espèce qu'il éprouvait dans un pays si nouveau pour lui, autant qu'affligé du peu de culture qu'il y trouvait dans les esprits, en le comparant surtout avec cet amour, cet enthousiasme pour la belle littérature, qui était alors généralement répandu en Italie: il ne tarda pas à désirer de revoir son pays natal.
[Note 408: ][ (retour) ] Poggii Oper., p. 311; The Life of Poggio Bracciolini, by William Shepherd, ch. 3. On ne trouve que dans ce dernier ouvrage les circonstances de ce voyage de Poggio en Angleterre.
[Note 409: ][ (retour) ] Il était fils du fameux Jean de Gant, duc de Lancastre, et oncle du roi d'Angleterre, alors régnant, Henri V, ibid., p. 123.
Quelques circonstances augmentèrent encore ce désir. On venait de retrouver en Italie divers ouvrages de Cicéron, dont plusieurs, tels que les trois livres de Oratore, le Brutus, ou le Livre des Orateurs célèbres, et celui qui est intitulé Orator, reparaissaient pour la première fois. C'était Gérard Landriani, évêque de Lodi, qui en avait découvert le manuscrit enseveli sous un tas de décombres. Le caractère était si ancien, que peu d'antiquaires étaient en état de le déchiffrer; mais le zèle vainquit toutes les difficultés. Bientôt ces traités furent lus, copiés et répandus dans toute l'Italie. C'était un vrai triomphe, un sujet d'allégresse publique. Poggio, dans une terre d'exil, instruit de cette découverte, attendait avec impatience que ses amis lui en fissent parvenir une copie. Dans le même temps, il eut la douleur d'apprendre la querelle qui s'était élevée entre Leonardo Bruni et Niccolo Niccoli, deux de ceux qu'il aimait le plus. Enfin, comme si ce n'était pas assez des chagrins qui lui venaient d'Italie, il vit toutes les promesses et les apparences de la fortune qui l'avaient attiré en Angleterre, aboutir à un mince bénéfice [410], qui eût encore exigé qu'il entrât dans les ordres, ce qu'il n'avait jamais voulu. Voilà tout ce qu'avait pu faire, après de longues et pressantes sollicitations, le riche et puissant évêque de Winchester, pour l'indemniser d'un long voyage entrepris à son invitation, d'un séjour ennuyeux et pénible, loin de sa patrie, et enfin de la fausse attente où il l'avait tenu pendant ses magnifiques promesses. Poggio reçut d'Italie, peu de temps après, deux propositions à la fois, l'une d'aller occuper l'emploi de secrétaire auprès du souverain pontife; l'autre, d'accepter une place de professeur dans une des principales universités d'Italie. Après avoir hésité quelque temps dans le choix, il se décida enfin pour le secrétariat du pape; et ayant quitté l'Angleterre avec autant de précipitation qu'il en avait mis à s'y rendre, il alla directement à Rome pour y prendre possession de son emploi [411].