[Note 410: ][ (retour) ] Il était nominalement de 120 florins de revenu; mais d'après diverses réductions, il s'en fallait beaucoup qu'il montât à cette modique somme. (M. Shepherd, ub. supr., p. 136.)

[Note 411: ][ (retour) ] Id. ibid.

Martin V y était revenu [412] après ses aventures de Florence [413]. Presque tout le reste de son pontificat fut livré à des agitations, auxquelles il paraît que Poggio ne prit d'autre part que de l'accompagner avec la chancellerie dans ses fréquents déplacements. Pendant le peu de séjour qu'il put faire à Rome, et de loisir dont il put disposer, il reprit ses travaux littéraires et composa quelques ouvrages, entre autres son Dialogue sur l'Avarice [414], dans lequel il se permit des traits fort vifs contre les mauvais prédicateurs en général, et particulièrement contre une nouvelle branche de l'Ordre des Franciscains, qui faisaient alors beaucoup de bruit [415]. Cette critique, et quelques autres motifs, lui attirèrent sur les bras une querelle avec ces bons frères [416]. Il ne s'en effraya point, et tout ce qu'ils gagnèrent avec lui, fut de l'engager à écrire dans la suite un Dialogue de l'Hypocrisie, où ils étaient beaucoup plus maltraités que dans le premier, mais que la liberté avec laquelle il s'expliquait sur les vice du cloître et sur ceux des ecclésiastiques en général, a fait retrancher des éditions de ses œuvres [417].

[Note 412: ][ (retour) ] Le 22 septembre 1420.

[Note 413: ][ (retour) ] Voy. ci-dessus, p. 296.

[Note 414: ][ (retour) ] De Avaritiâ et Luxuriâ et de fratre Bernardino, aliisque concionatoribus. C'est par ce Dialogue que commence le Recueil des Œuvres de Poggio, édition de Bâle, 1538.

[Note 415: ][ (retour) ] Ils prenaient le titre de Frères de l'Observance, Fratres Observantiœ.

[Note 416: ][ (retour) ] Voy. The Life of Poggio, etc., p. 177 et suiv.

[Note 417: ][ (retour) ] On le trouve dans l'Appendix de l'ouvrage intitulé: Fasciculus rerum expeiendarum et fugiendarum, imprimé d'abord à Cologne en 1535, et réimprimé à Londres, avec des additions considérables, par Edward Brown, en 1689. Il y a eu aussi une édition du Dialogue de Poggio sur l'Hypocrisie, et de celui de Léonardo Bruni sur le même sujet, donnée par Hieronymus Sincerus Lotharingius, ex typographiâ Anissoniâ, Lugduni, 1679, in-16.

Le pontificat d'Eugène IV ne fut pas plus tranquille que celui de Martin V. Lorsqu'une sédition excitée à Rome le força de s'enfuir à Florence, déguisé en moine [418], Poggio partit pour l'y aller joindre: mais il tomba entre les mains des soldats de Piccinnino, partisan soldé par le duc de Milan pour faire la guerre au pape. Ils le retinrent prisonnier, et, malgré tous les mouvements que se donnèrent ses amis, il ne put obtenir sa liberté qu'en payant une forte rançon. En arrivant à Florence, il trouva les Médicis abattus, leurs partisans dispersés, et Cosme, dont il avait reçu dans sa jeunesse des encouragements et des bienfaits, banni de la république. Aussi incapable d'ingratitude que de crainte, il écrivit à son bienfaiteur une longue et éloquente lettre de consolation [419], que peu d'hommes puissants, déchus de leur grandeur, seraient dignes de recevoir, et que peut-être moins encore d'hommes, autrefois attachés à leur fortune, seraient capables d'écrire. Il ne craignit point de se faire des ennemis puissants, en professant hautement son attachement pour cet illustre exilé, ni de s'exposer à la haine et à la verve satirique de Filelfo, qui se déchaînait alors avec fureur contre les Médicis. Filelfo l'attaqua, ainsi qu'eux, sans retenue et sans pudeur; Poggio lui répondit de même; et ce ne fut pas le seul homme de lettres avec qui il eut des querelles aussi violentes [420]. On voit avec regret dans ses œuvres plusieurs opuscules sous le titre d'Invectives, qui ne leur convient que trop. En général, les littérateurs de ce temps, presque toujours en guerre les uns avec les autres, ne respectent ni la décence, ni les lecteurs, ni eux-mêmes. Les querelles de Poggio avec Filelfo se renouvelèrent à plusieurs reprises, et ils ne se réconcilièrent que vers la fin de leur vie; mais si, dans le cours de cette guerre contre un esprit violent et irascible, Poggio employa trop souvent les mêmes armes que lui, s'il montra une aigreur et une animosité condamnables, il peut du moins être excusé par son premier motif, puisqu'il n'en eut point d'autre dans l'origine, que le désir de défendre et de venger un ami. Quand cet illustre ami fut revenu de son exil, ses partisans eurent le droit de témoigner toute leur joie, parce qu'ils avaient osé montrer toute leur douleur. Poggio avait ce droit plus que personne; et il en usa librement [421].