L'un des premiers à employer cette méthode fut Flavio Biondo ou Flavius Blondus, né à Forli en 1388 [524]. On a peu de détails certains sur les premières époques de sa vie. Il était encore jeune lorsqu'il fut envoyé à Milan par ses concitoyens pour traiter de quelques affaires. Il paraît qu'en 1430 il était chancelier du préteur de Bergame, et que quatre ans après il fut secrétaire du pape Eugène IV; il le fut aussi des trois successeurs d'Eugène, mais il ne les accompagna pas toujours. Il voyagea dans plusieurs villes d'Italie, s'appliquant partout à la recherche et à l'explication des antiquités. Il était marié, ce qui l'empêcha de tirer parti de sa place pour s'avancer dans la carrière ecclésiastique; et lorsqu'il mourut à Rome en 1463, il laissa cinq fils très instruits dans les lettres, mais sans fortune.

[Note 524: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 3.

Le séjour de plusieurs années qu'il fit à Rome, et son application à en étudier les anciens monuments, lui fit naître l'idée de publier une description aussi exacte qu'il le pourrait de la situation des édifices, des portes, des temples et des autres grands débris de Rome antique, qui existaient encore en partie, ou qui avaient été rétablis. C'est ce qu'il exécuta dans un ouvrage en trois livres, intitulé Rome renouvelée [525], dans lequel il déploya une érudition prodigieuse pour le temps. Il en montra peut-être encore davantage dans sa Rome triomphante [526], où il entreprît de décrire fort en détail les lois, le gouvernement, la religion, les cérémonies, les sacrifices, l'état militaire, les guerres de l'ancienne république romaine. Un troisième ouvrage embrasse l'Italie entière, sous le titre de l'Italie expliquée [527], la fait voir divisée en quatorze régions, comme elle l'était anciennement, et développe l'origine et les révolutions de chaque province et de chaque ville. On a encore du même auteur un livre de l'Histoire de Venise [528]. Il entreprit enfin un plus grand ouvrage, qui devait comprendre l'Histoire générale depuis la décadence de l'empire romain jusqu'à son temps; il le divisa par décades, à l'imitation de Tite-Live; il en avait composé trois et le premier livre de la quatrième; la mort l'empêcha d'aller plus loin, et cet ouvrage imparfait est resté en manuscrit dans la bibliothèque de Modène. Quant à ceux qui sont imprimés, ou y trouve peu d'élégance dans le style, et dans les faits des erreurs graves et fréquentes; mais ce sont les premières productions de ce genre qui aient paru; les défauts que l'on y remarque doivent être attribués à cette cause et au temps où vivait l'auteur, qui y donne d'ailleurs des preuves d'une érudition étendue et d'un immense travail.

[Note 525: ][ (retour) ] Romœ instauratœ, lib. III.

[Note 526: ][ (retour) ] Romœ triumphantis, lib. X.

[Note 527: ][ (retour) ] Italiœ illustratœ.

[Note 528: ][ (retour) ] De Origine et Gestis Venetorum.

La description de l'ancienne Rome devint alors l'objet des veilles de plusieurs auteurs, et entre autres d'un illustre florentin, Bernardo Ruccellai, l'un des meilleurs écrivains de ce siècle, et digne encore, à certains égards, de la réputation qu'il eut alors. Il naquit en 1449 [529]. Sa mère était fille du célèbre Pallas Strozzi, l'un des citoyens les plus puissants et les plus riches de Florence, et qui était, par son zèle à encourager les lettres, à rassembler des livres et des antiquités, le rival de Niccolo Niccoli et des Médicis eux-mêmes. Bernardo entra dès l'âge de dix-sept ans dans la famille de ces derniers, par son mariage avec Jeanne de Médicis, fille de Pierre, et sœur de Laurent. Jean Ruccellai son père, avec une magnificence royale, dépensa pour en célébrer la fête, une somme de trente-sept mille florins. Le jeune Bernardo, après son mariage, continua ses études avec la même ardeur qu'il y avait mise auparavant. Marsile Ficin avait pour lui une affection particulière. Après la mort de Laurent de Médicis, l'académie platonicienne trouva dans Bernardo un généreux protecteur. Il fit bâtir un palais magnifique, avec des jardins et des bosquets destinés aux conférences philosophiques de l'académie, et ornés des monuments antiques les plus précieux, qu'il avait rassemblés à grands frais.

[Note 529: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 9.

Son goût pour les lettres ne l'empêcha point de se livrer aux affaires publiques. Il fut élu, en 1480, gonfalonnier de justice. La république l'envoya, quatre ans après, son ambassadeur à Gènes, et lui confia encore trois ambassades, l'une auprès de Ferdinand, roi de Naples, et les deux autres auprès du roi de France Charles VIII. Il remplit divers emplois pendant les révolutions que Florence éprouva à la fin du siècle, et sa conduite ambiguë et partiale n'y fut pas généralement approuvée. Il mourut en 1514, et fut enterré dans l'église de Sainte-Marie-Nouvelle, dont il avait terminé, avec une magnificence extraordinaire, la façade, que son père avait commencée. Le principal ouvrage de Bernardo Ruccellai, a pour titre, De la ville de Rome [530]. Il y a recueilli avec un soin extrême tout ce qui, dans les anciens auteurs, peut donner une idée des magnifiques édifices de cette capitale du monde. Ce livre est rempli d'érudition, de critique, écrit avec une élégance et une précision peu communes, et meilleur à tous égards que beaucoup d'autres qui ont paru depuis sur la même matière. Le nom de l'auteur est rendu en latin par celui d'Oricellarius; c'est pour cela que les jardins académiques de son palais furent si célèbres pendant long-temps sous le nom d'Orti Oricellarii. Son ouvrage n'a été publié à Florence que dans le dernier siècle [531]. Il laissa de plus une histoire de la guerre de Pise, et une autre de la descente de Charles VIII en Italie, qui n'ont vu le jour qu'en 1733 [532]: enfin on a publié, en 1752, à Leipsick un petit Traité de lui sur les magistrats romains [533]. Il cultiva aussi la poésie italienne. Dans le Recueil imprimé des Chants du carnaval (Canti carnascialeschi), il y en a un de lui qui porte le titre de Triomphe de la Calomnie.