Wagha-na hocha la tête.

— Rien n’est moins sûr. A vrai dire, ils ne se risqueront point eux-mêmes. Mais il n’en faudrait pas augurer qu’ils ne nous susciteront pas d’autres ennuis.

Et, renouvelant ses ordres, il fit presser encore l’allure de la troupe. On ne la ralentit qu’au bout du trentième mille. Cette fois, la plaine paraissait suffisamment vaste et la distance assez grande de la frontière pour n’avoir plus à appréhender de nouveaux contacts avec les Yankees.

Alors seulement, Wagha-na fit connaître à Georges les dernières craintes qu’il avait conçues.

Cette lutte de l’élément rouge contre l’élément blanc atteint parfois à un degré de férocité inouïe. La haine est égale de part et d’autres, et mille causes secondaires viennent s’ajouter au séculaire antagonisme des races pour lui donner un caractère de sauvagerie inconnue en Europe et même chez les peuples orientaux.

La religion elle-même vient aigrir le conflit et rendre les adversaires plus implacables.

Il est un motif, entre autres, que les blancs invoquent pour justifier leurs propres cruautés et qui, en effet, donne à la guerre une apparence odieuse. C’est l’habitude qu’ont malheureusement conservée presque toutes les tribus indiennes, et qui ne semble pas près de disparaître, de scalper l’ennemi abattu. On sait que l’usage du scalp a cette particularité affreuse de ne point toujours entraîner la mort des victimes. Mais il leur laisse une existence souffreteuse, exposée à toutes les douleurs du système nerveux, à tous les accidents cérébraux, sans parler du ridicule amer auquel les expose une calvitie anormale.

De leur côté, les rouges reprochent aux blancs leurs exactions, leurs pillages, la dépossession ininterrompue, que n’a même pas arrêtée cette création des « réserves, » ou garantie de certains territoires libres laissés par la race conquérante à la race conquise.

Et comme la force matérielle, sans cesse accrue par les progrès de la science, donne toute supériorité aux blancs, il en résulte que les Rouges, pour compenser cette infériorité, recourent à toutes les perfidies, à toutes les ruses de la guerre de « sauvages », nom que cette guerre justifie amplement.

De là violences systématiques, extermination par le fer, le feu, le poison, la maladie, la faim.