— C’est la seconde fois que vous me le dites ! s’exclama le lieutenant bourru.

— Afin de vous rappeler que vous n’avez plus rien à faire ici, et que vous aggravez votre situation en prolongeant votre séjour.

Ces derniers mots parurent irriter les soldats. Plusieurs d’entre eux portèrent ostensiblement la main à leurs fontes ou à leurs ceintures, comme pour y prendre leurs pistolets.

Mais Wagha-na, changeant alors de ton, apostropha sévèrement l’officier.

— Lieutenant, dit-il, vous êtes responsable de ce qui pourra arriver. Ceci est un acte d’hostilité au premier chef. Si vous ne le réprimez pas à l’instant, je vous arrête, vous et vos hommes et je ne me tiendrai pour satisfait qu’après vous avoir remis prisonniers aux autorités canadiennes de Vancouver.

Les Yankees ne répondirent que par de sourdes imprécations.

— En voilà assez, conclut le Bison Noir. Vous avez le temps de regagner la frontière au galop. Toute résistance de votre part serait aussi vaine que coupable. Allons, Messieurs, adieu et sans rancune.

Son geste désignait aux trente agresseurs l’escadron nombreux que formaient derrière lui les cavaliers Sioux.

Le lieutenant rassembla ses hommes. Sans une politesse, sans un salut à l’adresse de ses courtois adversaires, il jeta l’ordre du départ, et le détachement prit la route du Sud dans un nuage de poussière.

— Cette fois, je l’espère, fit Georges Vernant, nous en avons fini avec ces désagréables voisins ?